La confrontation est saisissante. Au Château, Antonio Segui, le plus parisien des argentins, présente ses tableaux et son impressionnante collection précolombienne et africaine. A l’Espace 19, sept jeunes artistes Argentins proposent leurs oeuvres. Les hommes de Segui, au chapeau de feutre mou, à la moustache fine, cravatés, costumés avec une élégance surannée, parcourent sans répit des surfaces multicolores. Des déambulations frénétiques, des trajets qui sillonnent la toile et qui ne mènent nulle part, construisent un réseau dense, inextricable, à la mesure de l’illisibilité de ce que l’artiste nomme “texture urbaine”. Ces personnages grotesques et attachants, au regard noir et inquiet, gardent-ils un souvenir lointain des têtes grimaçantes que couronnent les statuettes de leurs ancêtres ? Le sens d’humour, la dérision, sont comme héritage partagé par une partie d’artistes argentins. Plutôt grimaçant, comme avec Rosana Fuertes dont le personnage favori, Mickey, est l’alter-ego de Miguelito, l’héros critique d’une bande dessinée locale. Ailleurs, Octavio Blasi crucifie un âne, flanqué des signes de $. Plus grave encore, à l’INRI, l’inscription emblématique de cette scène religieuse, se substitue CHRISTY’S. Daniel Ontiveros, lui, empile des journaux dans une pièce ou des canettes vides dans un caddie, comme des signes superficiels de richesse. Ce trop pleine qui sème la confusion dansl’univers de Segui trouve son répondant dans des motifs végétaux qui pullulent chez Martin Reyna, des visages stéréotypés et multipliés en série chez Carolina Antoniadis ou les pixels qui forment des labyrinthes géométriques avec Fabian Burgos. Vraiment, ils sont fous, ces sud-américains !
Des tableaux qui nous racontent donc les aventures de l’homme minuscule. Vraiment minuscule, mais tiré à quatre épingles et qui souvent bombe le torse. Il marche d’un pas résolu, son attaché-case au bout du bras, dans une allée déserte, sous les grands arbres indifférents : on dirait qu’il sait où il va.