Rien n’est plus essentiel que le superflu. L’idée n’est pas neuve mais elle est joliment formulée par Patrice Monmousseau, le producteur de vin de Saumur et le fondateur du Centre d’art contemporain Bouvet Ladubay. De fait, depuis 1991, au rythme de trois expositions par an, 50 000 visiteurs sont accueillis dans ces anciens locaux de XIX siècle, situés au bord de la Loire. La liste d’une quarantaine d’artistes, réunis pour fêter la fin de la première décennie, échappe à tout esprit de chapelle et frappe par sa diversité. Mis en scène par Benoît Lemercier, l’accrochage forme des unités souples, liées par un thème ou par un aspect formel. Ainsi, on trouve une salle qui offre des contrastes variés entre noir et blanc (A l’aide de l’émulsion photographique sur pierre chez Keiichi Tahara, avec des traces légères qui traversent la toile de Jean-Paul Marcheschi ou des formes solides et sombres “plantées” par Loïc Le Groumellec). Ailleurs, ce sont les chiffres qui obsèdent Roman Opalka avec un de ses Détails, quand les équations mathématiques, dessinées sur un fond neutre, fascinent Bernar Venet. Ailleurs encore, les oeuvres proposent différents échantillons de la réalité (un collage froid et inquiétant de Peter Klasen, des fragments d’affiches lacérées par Jacques Villeglé). Mais, c’est peut-être la présence du corps qui reste la plus marquante. Sous la forme d’une figure fantomatique, de profil, par Michel Haas, d’une silhouette “classique”, revisitée par Marco del Ré ou fragmentée et insérée dans des caissons lumineux chez Patrick Raynaud, l’homme, par ses gestes, ses traces, son inscription dans l’environnement quotidien, semble de retour.