Un rêve traverse les arts depuis l’Antiquité : c’est le rêve d’un portrait absolu, exhaustif, qui capte autrui de façon définitive et pour toujours. Autrement dit, pour les artistes le visage et son aspect insaisissable, son énigme, était, plus qu’un sujet un défit. La difficulté essentielle de saisir le visage se voit déjà dans le fait que pour être admis dans l’univers de la représentation le visage subit un baptême, il se transforme en son alter ego artistique, en devenant portrait, dont l’étymologie la plus courante reste trait pour trait, une opération qui décompose et recompose le visage pour en obtenir une image contrôlée d’un objet qui se modifie en permanence ; Mais, au délà de cette problématique de fixer, d’apprivoiser cette représentation labile et changeante, qui ne reste jamais la même, c’est notre rapport visuel avec le visage qu’exprime la nécessité de lui trouver une autre appellation. De fait, le caractère particulier du visage se montre dans le fait qu’il est protégé : on ne peut pas regarder le visage comme on regard les objets. Regarder un visage est régi par des codes sociaux ; on ne peut pas dévisager quelqu’un, au moins pas tranquillement et longuement, même dans les relation intimes. Le contact visuel s’établit puis il se brise, on échange des regards, on regard de biais, on se concentre sur l’une ou l’autre partie du visage, on regard ailleurs. Le visage se protège par son regard à lui qui nous fixe qui nous défie et qui nous oblige de l’observer le plus souvent de côté avec ruse. En quelque sorte le regard de l’autrui veille sur son visage, le cache, car plus qu’il permet de pénètrer dans l’autre, selon la fameuse métaphore, le visage miroir de l’âme, il détourne notre regard possessif et dangereux, et, à son tour pénètre en nous, avec une certaine dose d’agressivité qui nous oblige, tôt ou tard, à détourner notre regard. En fait, il faut rester seul avec le visage pour pouvoir le voir, il faut que le regard soit éteint. L’autre doit fermer les yeux et livrer son visage sans défense. (déjà disait qu’il faut que la personne soit mort) C’est le visage de l’intimité et encore plus du sommeil et de la mort (la photographe met en oeuvre une autre stratégie dans sa démarche de découverte protégée. Ses Dormeuses, des clichés pris pendant son sommeil, “à l’insu de son plein gré”, sont des visages dénudés à l’extrême et qui déclinent, au moins partiellement, la responsabilité du résultat obtenu. De fait, cette mise en scène singulière est l’illustration parfaite de la rencontre impossible et tant redoutée avec la représentation de son identité propre. Tandis que la chambre noire garde son oeil de cyclope ouvert, le “modèle”, lui, maintient les paupières closes. Le miracle photographique se déclenche sans l’intervention de l’artiste, pratiquement en son absence. L’image se révèle au réveil. Les visages obtenus, flous, dilués, mais parfois comme rajeunis par le sommeil ne cessent de reculer, de resurgir, de se dissoudre. Est- ce moi, tous ces visages, aurait-pu, à l’instar de Michaux, se demander Isabelle. Autoportraits d’autrui ? isabelle resenblum à savoir pendant son sommeil sans qu’elle puiss contrôles le déclenchement) Le portrait, en fait, se donne le même pouvoir mais sous prétexte artistique. Comme le dit l’artiste Elly Strik « le portrait échappe au tabou qu frappe le visage et neutralise la force de fascination qui émane du regard. Ainsi, il représente quelque chose qui n’a jamais pu être réellement observé. Le portrait n’est donc pas une image dans laquelle on reconnaît un modèle, mais il rend visible pour la première fois le visage comme un ensemble composé d’une face, d’une expression et d’un regard ». Bart Verschaffel « l’autoportrait ne révèle pas une vérité sur soi même mais est le récit de celui qui a voulu faire son portrait. L’autoportrait comme une auto réflexion sur les prétentions du portrait en général. L’artiste se présente comme le protagoniste d’une scène allégorique dont l’artiste est aussi l’auteur. Une autoportrait une façon de s’exiler de soi L’autoportrait une activité schizophrénique par excellence. Le visage apprend à ne pas se contenter de refléter les émotions et les pensées de son propriétaire mais aussi à réagir en fonction des circonstances culturelles et sociale, Les jeux de physiognomonie, aussi mobiles et fragiles que les paroles, son jalousement gardés. Le portrait contemporain n’a plus comme destination l’identité rassurante mais plutôt de déranger, de troubler et d’insécuriser, jusqu’à gommer la face et ses traits reconnaissables pour lui substituer la part de vide, d’absence et d’inexistence qui se dissimulait derrière la façade. Le travail d’abstraction qui tente cette volonté impossible d’éliminer toute adhésion et toute adhérence à l’ordre de l’historique, de l’individuel et de l’anecdotique et vise à présenter quelque chose qui serait essentiel et hors du temps. Tout peut être considéré comme un signe allusif du temps. Le message d’absence prend le dessus sur l’apparence identitaire. Portrait en n’importe quoi. La violence faite au visage qu’il s’agit nier, son interdiction de paraître, de ramasser dans son expression sa consistance de fidèle reflet de l’être (pourquoi tant de haine) tant de déconstruction, tant de négation ; (une nouvelle image de soi et de l’autre) La vérité de la relation à soi La relation qui s’établit entre lui même et lui même entre lui même et le monde La mission que Rielke assignait au poète dans sa IX Elegie faire en sort que la terre elle même et les choses deviennent enfin ce qu’elles sont pour l’homme et que jamais elles ne pensèrent être. Le portrait paraît toujours à priori surchargé de sens et d’expression le portrait est toujours une œuvre inachevée. Le portrait comme détournement. Recouvrement des visages Une décharge psychologique mémoire de la mort et de la finitude. Une chaine d’arrêt et une chaine industrielle. Sans sacrifier au réalisme photographique. La dissolution de soi. Une logique de substitution L’impossibilité d’une mémoire, son aspect dérisoire, les longues galeries de