Mythe et réalité est le titre significatif choisi par l’Ambassade d’Australie pour l’exposition spectaculaire qui présente, en marge de l’ouverture du Musée du quai Branly, l’art contemporain aborigène. De fait, si le composant mythique reste toujours essentiel pour la compréhension de ces oeuvres on peut toutefois s’interroger sur la réalité à laquelle on se réfère. S’agit-il d’une volonté de perpétuer les liens avec la tradition ancestrale dans un geste autant politique qu’artistique ? Faut-il plutôt voir cette production plastique dans ses rapports avec la modernité reconnue par l’histoire de l’art (différentes formes d’abstraction mais aussi des personnalités comme Klee ou Picasso) ? Ou encore, atteindre des prix importants sur le marché international peut-il inspirer des doutes sur « l’authenticité et la validité d’un art aborigène qui n’est pas produit sur écorce ou réalisé dans un contexte de cérémonie à huis clos » ? Quoi qu’il en soit, l’histoire récente de cette peinture commence en 1971. Nommé à l’école de Papunya, Geoffrey Bardon, révolté par la situation des aborigènes dans la réserve, demande aux hommes initiés de décorer les murs de l’établissement avec des dessins traditionnels. Rapidement, une communauté d’artistes exilés et motivés par leur survie culturelle se réunit et se fait connaître avec de créateurs comme Walter Tjampitjinpa ou Warangkula Tjupurrula. La manifestation récente permet de voir les points communs entre les différentes oeuvres (taille importante, refus de la perspective, motifs à tendance géométrique qui couvrent toute la surface dans un all-over labyrinthique, des figures schématisées-êtres humains ou serpents-à peine reconnaissables au milieu de ces « cartes géographiques » du désert), bref un style décoratif et dense à la fois. La vibration des traits, les faisceaux des lignes qui se croisent, les mosaïques serrées des touches posées délicatement forment des hiéroglyphes archaïques qui gardent tout leur aspect énigmatique.
Mythe et réalité de l'art aborigène
art aborigène contemporain
Exposition — Mythe et réalité, Art contemporain aborigène du désert central de la collection Gabrielle Piz