Le jeu de lignes de Varini

Ou plutôt une seule ligne : l’oeuvre, qui fait partie des trois travaux inédits réalisés par Varini pour le musée, s’intitule Une ligne, mille et une droites. Un seul emplacement, au fond du hall, permet de voir cette ligne dans son ensemble. Les droites agressives dessinées par Varini entrent alors en résonance avec les traits des statues (le bras tendu du poète polonais Adam Mickiewicz, l’arc d’Héraklès, la lance de la force). Cela fait vingt-cinq ans que Felice Varini, né à Locarno (Suisse) en 1952, pratique ces « anamorphoses murales », des Nuits blanches parisiennes au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne en passant par le château de Versailles. Ses œuvres rendent le visiteur actif : à lui de faire les cent pas dans l’exposition, de s’accroupir, de tordre le cou, pour apercevoir une forme harmonieuse. Au Musée Bourdelle, on pourra ainsi admirer le splendide De l’angle au rectangle, série d’arcs de cercle tracés au pastel orange dans les embrasures d’une galerie et qui, de loin, forment un rectangle parfait. L’exposition présente, en plus des anamorphoses, de dessins et de projets de l’artiste suisse, quatre « portraits d’œuvres » signés par le photographe André Morin. En 1999, Varini avait photographié, pour sa série des Billboards, des paysages de Mexico depuis le sommet d’immeubles, avant d’installer de gigantesques tirages en noir et blanc de ces photos en haut de ces derniers. Les images de ces installations font dialoguer la réalité et sa représentation dans un jeu de miroirs. Musée Bourdelle, 18, rue Antoine-Bourdelle, Paris-15e. Métro Montparnasse-Falguière. Jusqu’au 21 mai. 4,50 euros (plein tarif), 3 euros (réduit), 2,20 euros (jeunes). Tél. : 01-49-54-73-73. Jean-Marie Pottier