Entre folie douce et humour délirant, les œuvres de Mark Dion envahissent le Carré d’Art de Nîmes et s’approprient les principes muséographiques en les dirigeants contre eux-mêmes. L’artiste pratique la mise en dérision du principe sacré de classification encyclopédique, prétendue objective, de la taxinomie, de la séparation entre l’univers artistique et autres domaines (science, histoire naturelle), de la hiérarchie entre les objets valorisés et les objets quotidiens. Certaines parmi ses installations forment une sorte de laboratoire scientifique inutile ou un cabinet des curiosités- le Wunderkammer- ce lieu qui acceptait la rencontre hétéroclite, incongrue. En exploitant démesurément cette logique et en fabriquant des collections éclectiques et absurdes, Dion n’obéit plus à un ordre déterminé ou à des choix calculés et motivés par des raisons esthétiques. La classification devient auto classification ; le bric-à-brac indescriptible fait songer au catalogue d’une quincaillerie aussi universelle qu’interminable ou à la liste d’un commissaire-priseur touche-à-tout. Ainsi Departement of Tropical Research (2005) met en scène la panoplie complète d’un chercheur qui explore les régions tropicales. Divers instruments scientifiques et leurs caisses sont rangés avec un ordonnancement rigoureux et systématique, comme en attente d’une inspection. Toutefois, l’imaginaire exotique est interrompu par la banalité de la lessive étalée au fond sur un « arc de triomphe » improvisé en bois. Ailleurs, habillé (déguisé ?) en chasseur de papillons, l’artiste, chaussant une paire de lunettes noires, présente en un geste théâtral son butin, répertorié dans des cases noires qui recouvrent le mur derrière lui. Roundup : An Entomological Endeavor for Smart Museum of Art (2000). Chez Dion, le faux sérieux n’est jamais loin du ridicule. Dans le jeu des mains qu’il maintient entre l’œuvre et le lieu muséal l’artiste n’est plus seulement le créateur des objets artistiques mais aussi celui qui leur confère une légitimation ironique.