L’affaire est attendue. Avec Duchamp, Klein accède au panthéon de l’art français. Mieux encore, il le seul artiste « indigène» qui a les honneurs de seconde exposition dans le lieu rêvé de tous les créateurs : le Centre Pompidou. Canonisé, Yves le Monochrome devient Saint Yves. Comme il se doit, le procédé de sanctification est couronné par la relique que le musée exhibe triomphalement comme le clou de la manifestation : la « boîte de pigment » -ex-voto dédié par l’artiste à Sainte Rita de Cascia-. Le geste artistique devient définitivement geste religieux, l’objet fétiche qui transcende la production plastique devient une preuve matérielle de son immatérialité, le tout entouré parfaitement des écrits de Klein traités comme l’Evangile. Placée dans un état de lévitation, en dehors de toute considération stratégique, l’œuvre donne le vertige. Surtout, elle fait oublier que l’histoire de l’art comme celle des religions n’a pas de rapport avec les saints muets et anonymes mais plutôt avec ceux qui tentent d’imposer les chemins qu’ils ont suivis. Attitude souvent occultée car elle prend le contre-pied d’une conception qui a longtemps régné parmi les artistes et les historiens de l’art, celle de considérer les stratégies de la notoriété à peu près comme une maladie honteuse. Klein justement, comme Warhol, est probablement l’un des premiers artistes à lier intimement, voire à confondre, le travail artistique et la conquête de la reconnaissance. En 1957 il écrit à sa tante : « Me voici de retour de Düsseldorf où ça a été un triomphe. […] Les deux expositions de Paris comme celle de Düsseldorf ont eu un formidable retentissement. Ici, à Paris, comme en Europe, peu à peu mon nom attaché à celui de ma manière ´Monochrome´ est aussi connu à présent que celui de Picasso! Reste à conquérir les États-Unis. » Déclaration naïve, choquante ? Peut-être. Mais surtout volonté artistique légitime de créer des conditions optimales pour la visibilité de son œuvre. Et pour sa lecture !

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