Citation : “Mes pièces font corps entre elle, à l’intérieur de chaque exposition et chaque exposition répond à toutes les autres”
L’itinéraire artistique de Sarkis, turc d’origine arménienne, prend parfois les allures étranges d’un pèlerinage. Ce sont souvent les titres, des appellations poétiques ou d’intrigantes métaphores, qui évoquent le mieux les différentes sensations traduites par l’artiste. Ils marquent avant tout les étapes d’un long voyage dans le temps, un trajet initiatique au cours duquel l’artiste transfigure en signes mémoratifs des objets apparemment banals ou insignifiants. Après les Black-outs, des installations « des procès à la guerre », il entame depuis 1976 les Kriegsschatz (Trésor de Guerre), dispositifs réunissent des objets et des matériaux disparates. Dans ces scénographies “son et lumière”, on trouve un bric-à-brac de débris industriels rouillés ; des bandes magnétiques muettes côtoient des bâches recouvertes de peinture militaire de camouflage, des briques, des bouts de métal, une échelle en bois, un bidon d’essence, des rouleaux de goudron, un haut-parleur… Lors de chaque installation, l’artiste turc “investit” le site choisi, exploite les situations liées son histoire en “construisant” des narrations s’alimentant à la mémoire de ses origines. Marqué par la rencontre avec Beuys, Sarkis, qui a participé à la célèbre exposition “Quand les attitudes deviennent formes” (Bern, 1969), se considère avant tout comme un perturbateur d’espace et des pratiques culturelles. Substituant le terme stratégie à celui de création, le Capitaine (l’alter ego fictif de l’artiste) conçoit ses expositions comme un espace guerrier qu’il modifie sans cesse.