L’œuvre de Max Beckmann est difficilement classable. Son écriture est anguleuse, d’une force expressive directe et brutale ; ses visions sont sculpturales et archaïques. A une période où l’avant-garde se détourne des sujets littéraires, le peintre fait de grandes compositions religieuses et mythologiques, saturées d’éléments symboliques. Dès 1932, le peintre utilise un nouveau format, le triptyque, pour une série d’allégories modernes dont la taille monumentale et le chromatisme brillant accentuent l’apparence majestueuse des personnages. Entre 1932 et 1950, l’année de sa mort, Beckmann en produit neuf. L’arrivée au pouvoir des fascistes donne au titre du premier triptyque, Départ, un sens prémonitoire. L’artiste quitte l’Allemagne en 1937, le jour de l’inauguration de l’exposition d’art dégénéré. La décennie passée à Amsterdam voit naître cinq de ses grands triptyques. Parmi la centaine d’œuvres exposées figurent trois de ces compositions : Carnaval, Les Acteurs et Persée. Beckmann rapproche ainsi deux sujets de prédilection, la représentation de soi et celle du saltimbanque ou du personnage de carnaval. Avec Acrobate sur un trapèze, un autoportrait déguisé, l’artiste se trouve dans une position périlleuse, en quête d’un improbable équilibre dans un décor de carton-pâte.La référence au spectacle permet d’exorciser l’insoutenable :Si je m’imagine que tout cela - toute cette guerre et même toute cette vie - n’est qu’une scène sur le théâtre de l’infini, écrit Beckmann, beaucoup de choses sont plus faciles à supporter

Max Beckmann à Amsterdam au Van-Gogh Museum, du 6 avril au 19 août 2007