terre
87 (Avt l lever du soleil) et 153 (Début de soirée) Pour inventer un art original, allemand et mystique, Nolde ancre son oeuvre dans le passé et puise son inspiration auprès des grands peintres anciens et romantiques. Ses premiers paysages tels Avant le lever du soleil1 sont peuplés de créatures hybrides à la manière d’Altdorfer et Grünewald, symboles de la vitalité des éléments. Même une fois les esprits de la nature disparus, les « polarités naturelles » entre les éléments révèlent une présence divine. Dans Début de soirée, qui prend pour modèle La grande réserve de K. D. Friedrich, l’infini du ciel et de la terre rappellent des qualités qu’on attribue à Dieu.
24 (Grands tournesols) et soir orageux Nolde crée à partir de 1906 des peintures de jardin qui le comblent doublement : esthétiquement, elles s’éloignent du modèle impressionniste considéré comme « pesant », tout en lui assurant un succès commercial bienvenu. En 1926 seulement, inspiré par le jardin d’Utenwarf, il affronte les tournesols, les fleurs de Van Gogh. Ses propres tournesols, plus sauvages, sont habités par la même énergie chthonienne que les fleurs du Soir orageux. Cette énergie est aussi transmise à la ferme de Seebüll par le nuage qui lui emprunte sa silhouette et son rouge sanguin.
118 (Paysage avec de jeunes chevaux) et 119 (Moulin) L’oeuvre de Nolde est possédée par un « mouvement pulsé », « animé par un rythme sanguin, une alternance d’activité intense et de calme élémentaire »2. Le nuage en forme de doigts que l’on retrouve dans certains paysages frisons menace sourdement le Paysage avec de jeunes chevaux. Celui du Moulin transmet une fluidité légère, une piété solennelle à un paysage qui semble hérité du XVIIe siècle.
eau
35 (Atmosphère de mer lumineuse) et soleil sur neige fondue attention : j’avais donné « fondante », c’est fondue!!! En 1901, Nolde se rend à Copenhague, dans le but d’écrire un article sur Hammershøi et Johansen. Le projet n’aboutit pas, mais les paysages clairs et épurés de ces artistes marquent Atmosphère de mer lumineuse. Nolde poursuit ses expérimentations sur la couleur et la matière dans des aquarelles qu’il compose en mars 1908 à Cospeda : « je peignis le soleil rouge sur la neige fondue, je peignis la neige qui tombait, et les feuilles […] étaient tellement recouvertes de neige que je dus les chercher et j’étais étonné de voir comment les couleurs s’étaient disposées de façon étrange et prêtant à la rêverie. »3
16 et 98 Profondément attaché à sa terre natale située à la frontière entre l’Allemagne et le Danemark, Nolde peint inlassablement les deux mers qui l’enserrent et le vaste ciel septentrional dans lequel les couchers de soleil flamboient plus longtemps que sous nos latitudes. Une seule couleur suffit à composer le Remorqueur sur l’Elbe, un jaune incandescent, qui contraste avec le noir des fluides, vapeurs et tourbillons aquatiques. L’attrait de Nolde pour les « orgies de couleurs » et le « primitif » le mène aussi jusqu’aux Mers du Sud, où il compose un Soleil tropical avec des couleurs presque pures, posées en à-plats, dans un style caractéristique de la maturité.
21 M automne IX et 14 M automne XII (1910) Dans la série des mers d’automne, au sommet de son art, Nolde expérimente avec la couleur la « métamorphose d’une vérité pressentie en peinture »4. La spontanéité du trait, aussi turbulent que les flots qu’il désigne, sert une utilisation savante des lois du contraste simultané de Chevreul. Le jeu entre les complémentaires, l’utilisation du blanc, du noir, des contrastes entre couleurs chaudes et froides, claires et foncées, mènent Nolde aux frontières de l’abstraction. Contemporaines des premières toiles abstraites de Kandinsky, les mers d’automne constituent l’avancée dans la dissolution de la forme la plus ultime pour un artiste qui ne peut pas travailler sans l’appui de la nature.