L’occasion est rare. Une quarantaine de toiles, d’aquarelles, de gravures et de dessins de Morandi permettent au spectateur de découvrir une œuvre qui semble donner une forme picturale à ce qui paraît irreprésentable : le silence. Vide de toute présence humaine, l’œuvre exclut définitivement la parole ; ces petits formats aux couleurs assourdies préservent jalousement leur secret. Alignés au premier plan, traités selon une architecture rigoureuse qui leur donne une allure monumentale, les objets qui composent les natures mortes sont familiers mais tenus à distance. Dépouillées de tout détail superflu, réduites en signes fluctuants, les « choses » de Morandi naviguent dans un espace entre-deux, entre la réalité et l’imaginaire. Libre de tout vestige illusionniste, elles gardent un attachement profond à la poésie de la suggestion. La manifestation toulonnaise pose un regard particulier sur la représentation des fleurs chez l’artiste italien. En dépit de leur apparence innocente, aucun sujet n’est plus difficile pour un peintre. Aux formes variées, aux couleurs chatoyantes, les fleurs ont une fâcheuse tendance à verser dans le kitsch. Rien de tel ici. Les plantes de Morandi ne s’adressent pas à l’odorat, ne prétendent pas au statut du trompe l’œil. Inaccessibles, occupant l’essentiel de la surface de la toile, elles nous rappellent que chaque transposition artistique est avant tout une transplantation. Bref, encore des fleurs mais déjà une nature morte. Giorgio Morandi, Hôtel des Arts, 236 boulevard du Général Leclerc – 83093 Toulon, tél. 04 94 91 69 18, www.hdatoulon.fr, du 5 juin au 26 septembre.
Morandi : le silence comme forme picturale
Nature morte et silence poétique
Exposition — Giorgio Morandi, Hôtel des Arts, Toulon