Rien ne prédispose le Musée de la Chartreuse de Douai, avec sa collection de peintures flamandes, hollandaises et françaises du 15ème au 19ème siècle, de placer devant son imposante façade un des fameux pots noirs d’une taille démesurée, signé Jean-Pierre Renayud. Pas plus d’ailleurs que d’accueillir la Cabine éclatée de Daniel Buren, des miroirs incrustés dans des panneaux en bois et qui reflètent l’architecture classique de cet ancien couvent. Ces “ajouts” font partie d’une initiative lancée par la municipalité de concert avec des partenaires régionaux d’installer dans la ville une dizaine de sculptures. L’opération qui évite tout aspect “tapageur” met en valeur la continuité de l’oeuvre avec son environnement, accentue l’importance du rapport essentiel de la sculpture avec l’espace, la résonance entre la statue et son milieu. Ainsi, les structures géométriques de Gottfried Honegger s’accordent parfaitement aux bâtiments modernes de la nouvelle université, toute en courbes. Ainsi, le “totem” ou la stèle d’Ulrich Rückriem, isolé, haut de huit mètres, taillé dans des blocs à peine dégrossis, est un monument d’une puissance étrange. Ailleurs encore, un “dessin suspendu” ou une “sculpture d’aquarelle”, comme le nomme son auteur, Curt Asker, un triangle composé de pièces de tissus colorés, suspendu à l’aide de fils invisibles au dessus d’un pont, est d’une discrétion délicate. Placée dans la cité, la sculpture devient un acte social et en subit les conséquences. Les graffitis, pas toujours enthousiastes, griffonnés ça et là, témoignent néanmoins que les oeuvres ne laissent pas les spectateurs indifférents. “10 sculptures dans la ville”, 59500 Douai, tel : 03 27 71 38 80, jusqu’à 30 août.