Max Beckmann n’aimait guère Matisse. Une peinture trop décorative, déclarait il au sujet de celui qui allait devenir l’un des maîtres incontesté de la peinture moderne. Depuis, le public français lui fait payer cher cette faute de goût, car, considéré comme un des peintres allemands majeurs par ses concitoyens, Backmann reste un illustre inconnu dans notre pays. Non pas qu’il s’agisse d’une grande surprise, le rejet en France de l’art moderne d’outre-rhin, sous prétexte des jugements esthétiques qui cachent souvent des préjugés chauvins, date déjà à partir de la première guerre mondiale. Le récent succès de l’exposition de l’expressionnisme allemand est un signe encouragant d’une nouvelle ouverture d’esprit. Cependant, pour autant qu’il le connaisse, Beckmann continue à passer aux yeux d’un amateur d’art français pour quelqu’un démesuré et brutal, dont l’agressivité se traduit par des figures monumentale aux accents archaïques et des couleurs criards et blêmes au même temps. Disons le franchement, pour beaucoup, ses toiles résument parfaitement le “goût allemand”. Paradoxalement, admettre cette critique est probablement le meilleur moyen de comprendre l’intérêt de l’oeuvre de Beckmann, et surtout la partie la plus originale qui se forme aux environs 1917. Mais revenons un peu en arrière afin de comprendre la position particulière du peintre à l’égard de la modernité. De la même génération (né en1884) que les membres de Die Brucke, le premier groupe expressionniste, Beckmann suit un trajet qu’on peut qualifier d’anti-marginal. Ainsi, ses débuts vont à rebours du mythe contemporain, celle qui valorise l’artiste “maudit”. Élève de Beaux-Arts de Weimar, il participe à l’exposition de la Sécession de Berlin en 1906 et obtient grâce à un de ses tableaux une bourse à Florence. Très rapidement exposé en Allemagne et à l’étranger, il a sa première retrospective à la trés renommée galerie de Cassirer à Berlin en 1913. Ce jeune espoir montant de la peinture allemande avant-guerre, au style naturaliste puissant, devient rapidement un membre de la respectable Sécession. A une période ou l’avant-garde se definit par l’abandon des sujets littéraires, Beckmann tente des grandes composition religieuses et mythologiques, à tel point qu’un critique le nomme “Delacroix allemand”. Parallèlement il entre en controverse avec Marc, membre de Cavalier Bleu, et defend une peinture de l’objet et de la matière contre une abstraction “stérile”. La guerre provoque une sérieuse interruption dans son activité artistique et marque un tournant dans son style. Engagé comme infirmier au front, Backmann subit des experiences qui produiront un début d’une préoccupation avec la violence et la mort, thèmes qu’il mettera en scéne tout au long de sa carriére artistique. Libéré du service militaire après une depression nerveuse, l’artiste se sépare de sa famille, s’installe à Francfort, et commence une peinture aux aspects d”archaïsme moyenâgeux”, dont la hardiesse nous frappe encore. Mais peut on parler d’un style allemand face à la Deposition de 1917? Oui, si l’on assimile le style allemand au gothique car Beckmann s’intéresse au réalisme symbolique de l’art gothique allemand, à ses déformations volontaires, à son espace non naturaliste. Oui encore, si la vision du corps raide et décharné de Christ, ses bras interminables qui traversent toute la largeur de la toile nous font penser au retable d’Isenheim à Colmar de Grünevald, une image clé de la peinture germanique, admiré par Beckmann déjà en 1903. Cependant, toute assimilation d’une oeuvre à une manifestation nationale revient à une réduction de sa richesse artistique et de sa portée universelle. Si l’expression de Beckmann s’inspire de la tradition allemande, la violence et la brutalité qu’elle dégage témoigne directement les horreurs et l’inhumanité de son époque. La source du force du peintre est de réactualiser des visions du passé et de leur donner une nouvelle traduction plastique, celle qui refuse l’abstraction mais qui s’éloigne de toute réalité objective. Le sujet ne joue aucun rôle, seul le fait de le transporter dans l’abstraction de la toile en joue un. C’est pour cela que je ne fais pas usage de l’abstraction-chaque objet est déjà suffisamment irrée, si irréel que je ne peux lui restituer sa verité qu’en le peignant dit Beckmann. Vision de folie. Une ivrognesse, un infirme sur ses moignons, un aveugle qui souffle dans une trompette, un forçat qui tente vainement de gravir une échelle avec un poisson sous le bras. Une paysanne qui regarde se spectacle cauchemardesque sans aucune compassion. Des personnages massifs, rigides, désarticulés, superposés dans un cadre vertical. Une tension figée et menaçante dans un monde ou des formes pleines et lourdes semblent hésiter entre une stabilité et déséquilibre. Espace claustrophobique et oppressant ou tout repère est temporel. Le titre de ce tableau de 1921 est Le Rêve. Mais nous savons que son ancien titre était Maison d’aliénés. Est un hasard qu’il ressemble autant au nef des fous de Bosh. Chargé des éléments symboliques, cette toile est la première d’une longue série des allégories qui vont devenir caractéristiques à Beckmann. Cette tendance prend toute sa dimension à partir des années trente, periode ou pour des raisons politiques le seul moyen de parler de la réalité reste une mythologie contemporaine. C’est la periode ou le peintre devient graduellement un exilé. L’arrivée au pouvoir de Hitler force Art dégénéré 18 juillet 1937. L’exposition de l’art germanique est inauguré par dans la Maison de l’art Allemand à Munich. 19 juillet. L’exposition de l’art dégénéré