Peintre fauve, Auguste Chabaud ? Paradoxalement, l’histoire de l’art tente parfois de classer l’oeuvre d’un artiste selon des critères géographiques. Il est ainsi fort à parier que si les registres indiquaient comme lieu de naissance de cet artiste nîmois (1882-1955) Dresde ou Berlin, on le rangerait du côté des expressionnistes allemands. Certes, Chabuad, qui acquiert une palette chromatique franche et contrastée déjà pendant son séjour militaire en Afrique, partage avec les fauves le refus d’une utilisation traditionnelle de la couleur. La différence, cependant, se situe sur le plan iconographique car, chez ces derniers, les sujets ont rarement une expressivité due à un contenu humain ou social. Le thème n’est souvent qu’un simple prétexte, un fond qui permet essentiellement de faire état de préoccupations décoratives. Avec Chabaud, à l’instar de la pratique expressionniste, la figure humaine revient souvent avec une forte charge psychologique et le contexte est mis en évidence. Venu de sa province, l’artiste va être particulièrement sensible aux nouveautés parisiennes, les constructions métalliques, la publicité qui envahit les murs, les panneaux de signalisation ferroviaire, l’introduction de la “fée électricité”. Ses visions urbaines, toutefois, échappent au pittoresque et laissent apercevoir des quartiers en dehors du circuit touristique (Le Remorqueur au quai de Bercy, Gare de Triage). Non pas que les lieux de plaisir soient absents ; les cabarets, les dancings, les bordels, reviennent fréquemment mais les “filles de joie” qu’on y trouve, enfoncées dans un climat nocturne, sont comme des apparitions sordides qui témoignent de leur misère. Le mérite du beau livre de Serge Fauchereau est de présenter un artiste trop peu connu, sans tomber dans la hagiographie, Serge Fauchereau, Auguste Chabaud, Époque fauve, Ed André Dimanche, 216 p, 68 E,
Auguste Chabaud, fauve ou expressionniste ?
peinture fauve et expressionnisme