Il est peu probable que les travaux de Clémence Van Lunen aient la bénédiction du mouvement écologiste. Et pourtant, rares sont les artistes qui travaillent dans une telle symbiose avec la nature. Tout commence par le titre, où un vocabulaire inspiré par l’univers organique- Racine, Arbre, Forêt -n’est jamais absent. Qui plus est, le spectateur, habitué par l’art contemporain à se méfier des appellations trop banales, doit se résoudre à l’évidence : l’Arbre ne cache pas la métaphore, la Racine n’a rien de l’Invisible. Nul simulacre ou “trompe-matière” dans ces oeuvres faites tout simplement de bois. Implantées dans un parc ou installées au bord d’un lac, les sculptures de Clémence, qui ne fuient pas la ressemblance, s’intègrent discrètement dans leur environnement. S’agit-il d’une fusion entre l’intervention artistique et le développement spontané de la forme naturelle ? Certes, il existe un aspect de Land Art retenu chez Van Lunen, qui pourrait faire penser à la déclaration de Goldsworthy : “Je trouvais arrogant de s’imposer à la nature”. Cependant, la femme sculpteur ne cherche pas réellement à s’immerger ou à se fondre subtilement dans l’environnement. A y regarder de plus près, ses “arbres” ou ses “racines” sont des ready-made botaniques fortement assistés. Ainsi, la matière brute est “apprivoisée”, non sans violence. Les branches sont dénudées, écorchées, parfois même évidées, afin de se plier aux exigences imposées par les formes d’une future sculpture. Dans son effort de transformation de la nature, l’artiste emploie un système d‘“écarts successifs”. Partant d’un brin ou une tige, trouvés au hasard d’une promenade, elle les redessine pour en faire une maquette en terre. La taille réduite, la possibilité de manier à souhait ces modèles lui permettent d’improviser des structures qui doivent peu à l’original sans pour autant quitter le domaine du vraisemblable. Les racines qui ont déserté leur domaine souterrain deviennent des courbes, des zigzags, des angles, bref des tracés spatiaux où l’organique a partie liée avec le géométrique. Soit Racine II, 1991. Une ligne serpentine, une forme de continuité dans l’espace. Racine ? Peut-être, mais répertoriée dans aucun manuel de botanique. L’oeuvre est faite de bois de platane, d’olivier, d’eucalyptus. Les différentes parties, emboîtées, sont fixées à l’aide de chevilles et de boulons. A l’instar des assemblages artistiques de l’ère de la modernité, qui réunissent des objets disparates, cette forme hybride, isolée et monumentale, apparaît comme une transplantation ou une greffe, mais à des seules fins esthétiques. La Nature imite-t-elle l’Art ?
Clémence Van Lunen, la nature comme matière
sculpture et nature