Curieusement, les révolutions politiques ne produisent pas des changements esthétiques majeurs. Comme l’écrit Bertrand Tillier “le temps de l’actualité et le temps de l’art ne sont pas synchroniques”. La Commune non seulement n’échappe pas à cette règle mais en plus ne laisse que peu de traces artistiques, comme frappée d’amnésie et de cécité. Dans une étude remarquable de précision et de clarté, l’auteur, qui n’oublie jamais que l’histoire de l’art a partie liée avec l’Histoire, analyse les raisons de cette oblitération radicale. En premier lieu, l’absence de représentations qui traitent de la Commune relève directement de la mauvaise image que celle-ci a laissé pour la postérité. Issue des couches populaires, de courte durée, violente, iconoclaste, cette révolution sans suite ne partage nullement la gloire de sa soeur aînée. En d’autres termes, la Commune ne se résume qu’à la Terreur. En outre, il suffit de lire le chapitre qui traite de la peinture impressionniste pour constater avec quelle rapidité les termes employés pour ce qui a été considéré comme une révolte anarchiste trouve sa place dans la critique artistique. Ainsi, par un glissement volontaire et malgré la thématique parfaitement inoffensive des amis de Monet, on remarque dans leur style un je ne sais quoi communard. De même, les artistes, dont la majorité a jugé plus prudent de quitter Paris pendant la période dangereuse, retrouvent à leur retour des traces désolantes de la bataille, des traces qu’ils préfèrent, comme d’ailleurs une bonne partie de la population parisienne, de vite oublier. Ceux qui ont participé activement aux événements, et avant tout Courbet, sont jugés et déportés. Dans le cadre du projet bourgeois initié par le Second Empire la Commune se transforme de rupture en simple parenthèse.
Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans images ?, Champ Vallon, 530.p, 32 E.