Consacré au peintre fauve, le Musée Matisse présente une des figures clés de l’expressionnisme allemand, Karl Schmidt Rottluff(1884-1976). Membre fondateur en 1905 de Die Brücke (Le Pont), la toute première réunion d’avant-garde allemand, l’artiste propose rapidement des solutions picturales qui séduiront les autres participants du groupe. Ainsi, ses gravures sur bois (une trentaine sont exposées), et ensuite ses lithographies, cherchent, à l’aide de traits incisifs et d’aplats contrastés, une simplification expressive et brutale. Dès 1907, Schmidt-Rottluff fait plusieurs séjours près de la Mer du Nord, pratiquant des études de nu en pleine nature. Un tableau, comme Trois nus (1913) trahit l’influence du primitivisme. Toutefois, la fusion rêvée avec l’univers naturel prend ici des accents inquiétants. Des contours anguleux, inspirés par le cubisme, interdisent toute possibilité de contact ; les corps, isolés les uns des autres, s’immobilisent sur un fond rouge et vert. Après la dissolution du groupe en 1913, l’artiste choisit une position solitaire et son oeuvre prend parfois des accents graves et mystiques. (une suite de bois est consacrée aux sujets tirés de l’Ancien Testament, 1918). Une certaine mélancolie se manifestera également dans les paysages qui suivront, où la couleur bleue est souvent privilégiée. (La lune et la mer,1920). Désormais, il tendra à conjuguer le regard sur le réel avec la stylisation, dans des compositions aux motifs architecturaux inscrits dans des espaces de plus en plus vides. Frappé par l’interdiction de peindre pendant le régime nazi, il reprend son activité après la guerre. Dernier survivant de l’aventure expressionniste, il est à l’origine du musée du Brücke à Berlin.

Musée Matisse, 164 avenue des Arènes de Cimiez, 06000, Nice, tel : 93534053, du 29 juin au 8 octobre.

Dominique Clevenot.