L’étude des notes manuscrites de Marcel Duchamp impressionne. On est pris de vertige face à la cascade de connaissances précises par Françoise Le Penven. Avec beaucoup de virtuosité, elle établit des passerelles entre occupations, lectures, événements de la vie de Duchamp et les notes déposées, au même titre que les reproductions de ses travaux, dans ses fameuses Boîtes.. Considérant que la démarche conceptuelle chez l’artiste contrôle étroitement le résultat visuel, l’auteur démontre que ces écrits, précédant et accompagnant les oeuvres, ont une importance capitale dans leur formation. Cependant, on pourrait craindre que le statut désormais canonique de Duchamp au sein de l’art de XXe siècle, inspire une certaine attitude fétichiste, une tendance à la surinterprétation de ces “reliques”. Parfois, on ne prête qu’aux riches…

Françoise Le Peneven, L’art d’écrire de Marcel Duchamp, Jacqueline Chambon, 186 P, 23 E.

On le savait, l’image romantique du créateur, à l’écart de la société, est révolu depuis longtemps. L’étude de Pierre-Michel Menger, sociologue, démontre que non seulement l’activité artistique n’échappe guère aux lois du marché mais encore elle peut devenir le modèle d’un monde du travail régi par une nouvelle logique capitaliste. C’est que les mutations économiques récentes font de l’artiste “une incarnation possible du travailleur du futur…inventif, mobile, intrinsèquement motivé…et plus exposé aux risques de concurrence individuelle”. Position ambivalente de cette catégorie professionnelle qualifiée qui engendre parfois une production à forte valeur ajoutée, mais qui offre aussi l’exemple de division profonde, caractérisée par des inégalités spectaculaires d’ordre matériel. Pierre-Michel Menger, Portrait de l’artiste en travailleur, Métamorphoses du capitalisme, Seuil, 96 p, 10.5 E