Semblables et pourtant étrangers les uns aux autres, les personnages de Neumann paraissent s’être retirés dans un univers sans parole. Rien ici d’un surréalisme qui joue sur des associations imprévisibles, s’amuse à formes des puzzles imprévisibles. La différence essentiels entre la méthode surréaliste et celle de Neumann est que chez dernier on ne distingue ni méthode ni ficelle. Entre Pina Baush et Kantor, entre Kafka et (métamorphoses) et Charlot Son univers est celui sans paradoxe, ou l’imaginaire ne se distingue par du réel. Ce désir s’exprime dans le fameux titre “Sans titre”, fréquent chez ces artistes. Cette “décision de ne pas titrer” signifie, comme le souligne Françoise Armengaud, la “décision de laisser le tableau ou la sculpture agir sur le spectateur par la seule plénitude de ses vertus picturales et plastiques. Volonté de silence. Refus de l’inadéquate, superflue, intrusive médiation langagière”1 Au commencement, il y avait le tohu-bohu. C’est Dieu qui, dans son rôle de créateur, façonne toutes les formes. Il réserve pourtant à l’homme une activité essentielle : celle de nommer. Ainsi la première activité humaine est d’ordre linguistique et consiste à entériner la création divine. Ce baptême symbolique, comme tout baptême d’ailleurs, est un acte d’adhésion, une façon de se résigner et d’accepter une réalité préexistante. Le refus de nommer, par contre, ce refus de paternité et de filiation, peut être vu comme une façon de renier une tradition, de se dégager de cette lourde responsabilité. Est-ce pour celà que les tableaux de Max Neumann, ses “créatures”, sont sans titre. fabrique un théâtre d’ombres chinoises où l’imaginaire se joue de toute précision. Ses “collages” dématérialisés flottent avec une infinie liberté du mouvement dans un univers d’apesanteur où le spectateur perd toute repère spatiale. Sur un fond noir, Apparitions ou rencontres du troisième type, les photogrammes sont habités par des configurations aux contours floues, qui voguent mollement dans un environnement feutré et silencieux. Moholy-Nagy invente un monde incommensurable où l’oeil s’égare parmi des fragments lactés qui ignorent les lois de la gravitation. L’oeuvre de Miro ne s’encombre pas d’espace. Sur des fonds monochrome, d’un bleu azur et sans repères, des formes bi-dimensionnelles, délestées de leur poids et aux couleurs vives, flottent. Accouplés, ils donnent naissance à des êtres hybrides, Ces “personnages”, inquiétants ou comiques tour à tour, inspirés par une nature tentée d’accents oniriques Dans ses “peintures de cauchemar” partant d’une figuration stylisée et simplifiée, l’artiste invente des formes inconnues et suggestives, comme les expressions condensées d’une angoisse personnelle et universelle. Face à ces figures de l’envolée qui se transforment l’oeil est tiraillé entre images et idéogrammes, familiarité et incertitude. On pense savoir.
une angoisse liée à l’impossibilité de communiquer et de sortir de soi.