“Le régime austère et presque exclusif du dessin m’a permis, vers 1908, de dépasser la manière impressionniste de mes débuts” raconte Gleizes dans ses souvenirs. Une phrase-clé, qui indique toute l’importance de l’oeuvre graphique dans le parcours artistique du peintre. Plus qu’un simple outil d’apprentissage, le dessin est un terrain privilégié d’expérimentation. Après des débuts marqués, comme beaucoup d’artistes de sa génération, par l’impressionnisme et le pointillisme, Albert Gleizes (1881-1953) opte pour des compositions plus synthétiques et plus géométriques.Il s’engage ainsi dans la voie du cubisme et participe au fameux Salon des Indépendants de 1911. Aux scènes traitées dans de subtils clair-obscur succèdent des figures sur un fond dématérialisé. Les traits précis, l’entrecroisement des droites créent un rythme saccadé. Dans “Le pont de Brooklyn” (1915, encre et gouache), dessiné pendant son séjour aux États-Unis, Gleizes aboutit à un équilibre subtil entre les contraintes de la figuration et le dévoilement des lignes de force. A partir des années vingt, Gleizes, qui cherche, comme Delaunay, à traduire plastiquement l’idée de mouvement, évolue vers l’abstraction. Mais ces œuvres, où tourbillonne une profusion de spirales qui se brisent en fragments colorés, restent parfois trop chargées. “En somme, la science du dessin consiste à instituer des rapports entre les courbes et les droites” écrit Gleizes. Théoricien du cubisme, attentif à l’expression tant du social que du spirituel, le peintre atteint son but quand, par l’économie des moyens employés, il va à l’essentiel.
Albert GLEIZES, Carré des dessins, Musée des Beaux-arts et d’archéologie de Besançon, 20 nov.- 24 janv.