Le musée de Lodève ne manque pas d’ambition. Fidèle à sa politique, il présente cet été, après l’expressionnisme, un autre chapitre d’histoire de l’art au XXe siècle. A l’honneur, l’art italien du futurisme au retour à l’ordre, avec une place importante accordée à Giorgio de Chirico. Un pari risqué, tant cette période, caractérisée par ses contradictions, donne naissance aux interprétations simplistes et aux raccourcis commodes. Ainsi, du côté de la modernité, on range les “bons” : d’une part, le groupe futuriste, sous la houlette de Marinetti, dont le programme consiste en exaltation des nouveaux mythes de la société contemporaine, la machine, la vitesse, le dynamisme… D’autre part, la “pittura metafisica”, reçue comme une révélation par les surréalistes, où la réalité quotidienne est mise en scène par de Chirico de façon irrationnelle et où l’objet n’est retenu que dans sa fonction symbolique. Quelques années plus tard (1918) la “restauration” est incarnée par deux rassemblements célébrant les vertus inspirées par le fascisme. Novocento et Valori Plastici sont, en effet, marqués par le retour aux valeurs de la tradition figurative, comprise à la fois comme leçon rigoureuse de forme et comme discipline morale. Une ligne de démarcation précise entre les oeuvres “soumises” et les oeuvres “indépendantes” ? En réalité, les mêmes acteurs se déplacent aisément d’un camp à l’autre. Ainsi, déjà en 1915, Carra prend ses distances avec le mouvement futuriste et se consacre à un style pictural primitif, à tendance archaïque, nourri par des références antiquisantes. Giorgio de Chirico, lui, adhère aux Valori Plastici en 1919 et en vient rapidement aux sujets académiques.