Histoire d’indiquer l’importance du volume dans les activités du sculpteur, le dictionnaire propose un terme évocateur, celui de la “ronde- bosse”. Une belle façon de mettre le doigt sur notre désir de toucher ces oeuvres en trois dimensions, elles qui attirent aussi bien la main que l’oeil. Alors, les “objets” créés par Jean-François Briant sont-ils encore des sculptures ? Ces figures qui naissent dans des plaques de tôle sont avant tout des surfaces “trouées” par l’artiste, en recherche d’équilibre entre le plein et le vide. Découpant dans la matière comme le faisait Matisse dans la couleur, Briant, à l’instar du peintre fauve, obtient des motifs végétaux, à ossature faussement fragile et aux contours ondoyants. Mais nous le savons bien, depuis longtemps la séparation stricte entre les genres artistiques, peinture et sculpture, ou même la distinction avec les objets a perdu de sa pertinence. La sculpture entretient de nouveaux rapports avec la masse, avec l’espace, avec les matières considérées auparavant comme non “nobles” et qui font leur entrée triomphale dans l’atelier de l’artiste. Posées sur un socle ou au ras du sol, ces oeuvres monumentales de Jean-François, réunies sous le titre “voyage végétal”, sont fabriquées d’acier. Choix étonnant pour évoquer un univers organique, souple et accueillant. Mais, les feuilles, les arbres et d’autres formes végétales, inscrites dans le métal par leur créateur, appartiennent-elles encore à une nature familière, d’une proximité rassurante ? Emprisonnées dans des “cadres” aux contours grossièrement arrondis, comme pour protéger le spectateur qui les approche, ces “plantes”, aux arêtes coupantes et aux “dards” aigus, n’appellent pas la caresse. Peut-être, le voyage dont parle l’artiste est un voyage dans le temps. Il y a quelques années, Jean-François faisait déjà des excursion dans des cultures anciennes, avec des têtes massives et lourdes, lointain souvenir des oeuvres aztèques ou mayas. Ici, le monde qui surgit est celui d’une nature archaïque et inquiétante, parsemée de fossiles métalliques. Délaissant la compagnie d’insectes qu’il a affectionnés pendant un certain temps, Briant boucle son tour d’horizon en inventant une botanique minéralisée. Voyage au demeurant accéléré car, souvent, l’artiste couvre les surfaces de ses oeuvres d’acide (une autre forme d’agression ?) qui leur donne une patine rouillée et corrodée, comme une façon artificielle de les faire vieillir ou de jouer avec l’usure de la matière. Toutefois, à la densité et au poids de l’acier, au contact rêche de la rouille, s’oppose la légèreté de la transparence, la respiration des ouvertures qui traversent ces figures, sans avant ni arrière. Dans le dernier projet de l’artiste, une commande publique pour Helsinki, le verre, cette matière translucide qui “couvre” le vide, permet de voir l’oeuvre sous des angles différents, sous les éclairages variés. La lumière et l’ombre se faufilent à l’intérieur de la sculpture même, qui les absorbe comme une éponge. Fenêtre végétale ou “feuille” gigantesque ouverte sur l’espace environnant, l’oeuvre de Jean-François Briant se dressera au milieu du paysage hivernal finlandais comme un totem moderne, en quête des rayons froids du soleil du minuit.