La définition que donne le dictionnaire au mot esthétique, “science du beau dans l’art”, a tout pour décourager l’amateur potentiel de l’art contemporain de se plonger dans la lecture de l’ouvrage de Marc Jimenez, “Qu’est-ce que l’esthétique ?”. De fait, à l’époque qui voit réunis dans les musées les déchets assemblés en collage par Schwitters, une chaise couverte de graisse de Beuys ou des ardoises que Richard Long organisées en cercle, se poser la question du beau semble au moins anachronique. Mais c’est justement le désarroi profond, souvent ressenti face aux oeuvres déroutantes et provocatrices, qui devrait inciter à tenter de comprendre les profonds bouleversements qui traversent la création plastique depuis le début du siècle. Le mérite de la réflexion offerte dans ce livre, toujours soucieux d’une clarté pédagogique, est d’éviter un parcours linéaire, une “simple” archéologie de la pensée philosophique qui cherche à définir la spécificité de l’objet artistique. Pour l’auteur, la seule façon de concevoir l’esthétique a comme condition de donner à ce terme un sens élargi, celui “des discours qui ont tenté de faire valoir la connaissance sensible…comme contrepoint à la connaissance rationnelle” et qui font de l’art “la question essentielle de la philosophie”. Ainsi, sans faire l’économie des sources anciennes qui nourrissent la pensée de contemporains aussi divers qu’Adorno, Danto ou Goodman, Jimenez démontre que la vraie esthétique sait remettre en question les présupposés traditionnels et devenir une partie prenante dans une pratique qui n’a pas fini de nous surprendre.