Il est difficile de dire que Tadashi Kawamata (né en 1953) voyage léger. L’année dernière, à l’aide de milliers de chaises, il “remodèle” le chœur de la Chapelle St Louis de la Pitié-Salpêtrière. Cet été, il transporte son matériau préféré en Lorraine et s’approprie deux endroits au caractère différent. Le premier est un édifice civil du XIIe siècle à Metz, l’hôtel St Livier, où, dans la cour accolée au bâtiment, Kawamata élabore une structure monumentale en forme proche du demi cercle. Le deuxième est la synagogue désaffectée de Delme, devenue centre d’art contemporain. L’artiste, qui remplit l’édifice presque entièrement des chaises, modifie ainsi son espace intérieur en “effaçant” la séparation initiale entre les deux niveaux de cet ancien lieu de culte Mi-accumulations, mi-installations, les mises en scène effectuées in situ par le créateur japonais semblent dotées d’une capacité à apprivoiser le désordre, à organiser l’aspect chaotique selon des lignes de forces précises. Elles s’imposent et fascinent par une articulation complexe qui, en répétant à l’infini le même élément, le métamorphose en une architecture puissante et éphémère à la fois. Qui plus est, le siège n’est pas un simple composant formel de l’oeuvre. Faisant partie de notre environnement quotidien, cet objet humble, au caractère anthropomorphique, se transforme en porteur de présence et d’absence. Son entrée remarquée dans le domaine artistique avec le fameux tableau de Van-Gogh en fait l’emblème de solitude quand l’homme disparaît de ses côtés. Les “constructions collectives” de Kawamata, les chaises qu’il fixe à l’intérieur d’abris-bus sur la route qui relie Metz à Delme, cherchent à rompre cet isolement et à le remplacer par un effort communautaire. La trentaine d’étudiants des écoles d’art de Metz et Nancy, qui ont participé à ce projet, ne diront pas le contraire.
Kawamata II
installation in situ
Exposition — Tadashi Kawamata, Les chaises de traverse, Frac de Lorraine, Metz, Synagogue de Delme, Delme, jusqu’à 31 octobre