Soit une question de Trivial Pursuit. Khnopff, Ensor, Rops, Henry Van de Velde, Toorop, Monet, Rodin, Signac, Seurat, Gauguin, Whistler, peintres et sculpteurs d’origine et de style différents, ont-ils un dénominateur commun ? La réponse est que ces figures prestigieuses ont toutes participé aux expositions organisées au tournant du siècle par le groupe d’avant-garde belge, les XX, puis, par la Libre Esthétique. Le conservateur du musée de Bruxelles a opté pour une perspective délibérément historique. Les quelques deux cents œuvres exposées, issues des collections du Musée-Royal des Beaux-Arts de Belgique, ont toutes figurées dans ces Salons. Revenons en arrière. 7 octobre 1883, Bruxelles, la taverne Guillaume. Octave Maus, le jeune secrétaire du journal d’avant-garde belge, L’art moderne, fonde les “XX”, un groupe constitué de vingt artistes exclus des circuits officiels. La charte du groupe revendique “un art indépendant, dégagé de toute attache officielle”, mot d’ordre suffisamment large pour rassembler des styles et des personnalités très hétérogènes. La structure est on ne peut plus souple : ni président, ni jury, seulement un secrétaire et un comité de trois membres élus chaque année. Les XX assurent, par leurs Salons annuels, la promotion des artistes les plus audacieux de l’époque. Jugeons plutôt : Rodin est exposé en 1884 (il devient membre en 1889), Monet et Redon en 1886, Seurat en 1887 avec La grande Jatte, Signac et Toulouse-Lautrec en 1888… L’intérêt des membres du groupe pour le Néo-Impressionnisme se trouve confirmé dans le préambule de Maus au catalogue de 1888, “La recherche de la lumière dans la peinture”. Cette orientation plastique est manifeste dans les tableaux de Vogels, Finch, Van Rysselberghe (voir le divisionnisme aux nuance violacées de l’Ecueil près de Roscoff en Bretagne, 1889), et, de façon plus surprenante, dans les premiers Henri Van de Velde. Les liens avec la peinture française se développent également autour du Symbolisme. En 1889, Gauguin envoie à Bruxelles une douzaine de toiles qui auront un large impact sur les artistes belges. De nombreux Vingtistes exposent à Paris au Salon de la Rose Croix. Cet intérêt pour le symbolisme fait découvrir au public les œuvres de Toorop, Khnopff et Rops. L’imagination confond ici les sources littéraires et les fantasmes personnels, les lignes deviennent ondulantes. En 1893, le groupe des XX, estimant que “les cercles d’avant-garde ne doivent pas durer trop longtemps sous peine de déchoir”, se dissout pour faire place à une autre organisation, La Libre Esthétique, dont Maus, toujours lui, assume la direction. Moins rénovatrice sur le plan pictural, cette association développe une activité intense où se mêlent peinture, poésie, littérature et musique. Les conférenciers sont Gide, Jarry, Poe, et, au programme des concerts, on trouve Debussy, Fauré et Ravel… En parallèle, le groupe contribue à la renaissance des arts décoratifs et d’ornementation. Van de Velde cherche à promouvoir l’art appliqué, “l’art véritablement vivant”, dans l’intention d’en faire un outil de réforme sociale. La clarté et la rationalité du dessin s’éloignent désormais du lyrisme contenu de l’art symbolique. Le Cabinet de travail conçu par l’architecte Gustave Serrurier, exposé en 1894, résume ces nouvelles orientations esthétiques. L’aventure du groupe s’achève, comme celle de toute l’avant-garde européenne, en 1914.

Les XX, La Libre Esthétique. Cent ans après, 26 nov.-27 fév.

Musée d’art ancien, salles du XIXe siècle, 3 rue de la Régence, Bruxelles, tél. 02/508 32 11.