On ne présente plus Leo Castelli. Cet émigré italien ouvre sa première galerie à New York en 1957 et devient rapidement la plaque tournante de l’art contemporain américain. Jasper Johns, Rauschenberg, Warhol, Lichtenstein, Stella ne sont qu’un échantillon des artistes qui ont commencé leur parcours chez Castelli. Respecté par les marchands et les collectionneurs, l’homme se définit comme “un critique d’art pratique”. Castelli nous reçoit à la veille de l’ouverture de l’exposition de Kossuth.

Muséart. Etes-vous conscient de votre importance dans le monde de l’art ? Castelli. Parfaitement. Je me considère comme un “découvreur” plutôt que comme un marchand d’art. Encore que le mot découvreur semble prétentieux. Il s’agit toujours d’une rencontre entre l’artiste et le galeriste. Je crois surtout qu’aujourd’hui, ce sont les collectionneurs qui sont les plus influents. Notre travail reste surtout celui d’un intermédiaire.

M. Le marché de l’art retrouve-t-il sa santé ? C. Lentement. Je crois que les gens sont plus prudents et qu’ils cherchent à acheter ce que leur plaît vraiment. Il faudrait aussi comparer les prix d’aujourd’hui à ceux d’avant 1985, le moment ou la spéculation dépasse les bornes. M. Que pensez-vous de l’importance accordée par les artistes américains aux problèmes sociaux (sida, racisme, la position de la femme) ? C. Je les comprends. Mais je ne suis pas d’accord avec eux lorsque ces éléments deviennent trop visibles, trop brutaux. Ils doivent être filtrés davantage. Parfois, les mérites esthétiques disparaissent et il ne reste que l’élément de choc. Moi, je conseillerais aux artistes de se modérer. M. Vous n’exposez plus à la F.I.A.C. Pourquoi ? C. Je n’aime pas les foires. Par ailleurs, cela devient trop cher. M. Selon vous, la scène artistique américaine reste-t-elle encore dominante dans le monde ? C. Sans aucun doute.