Indestructible Objet, 1923-1950.
L’oeuvre de Man Ray se situe à mi-chemin entre les readymades duchampiens et les “détournements” surréalistes. L’artiste donne des allures inquiétantes à un métronome, emblème d’équilibre et de symétrie, symbole d’ordre bourgeois, en épinglant à la tige du pendule la photographie d’un oeil qui oscille rythmiquement à la cadence d’une musique réelle ou imaginaire. Avec son approbation, l’objet est édité à un grand nombre d’exemplaires, car, dit il, “créer est divin, multiplier est humain”. Selon Roland Penrose, le titre donné à l’origine à ce métronome hallucinant était Objet à détruire et, au dos d’une version dessinée, datée de 1932, on trouve l’inscription suivante : “Découper l’oeil dans la photographie d’une personne qu’on a aimée et perdue de vue. Fixer l’oeil au pendule du métronome et régler la massette pour obtenir la cadence désirée. Laisser fonctionner jusqu’aux limites de l’endurance. En visant soigneusement avec un marteau, essayer de détruire la chose du premier coup”. Ce souhait exprimé par Man Ray fut comblé au-delà de ses espérances. Au cours d’une exposition après la guerre à Paris, l’objet est détruit par les étudiants des Beaux-Arts. L’artiste, sans doute enchanté, fabrique aussitôt une réplique qu’il nomme cette fois Indestructible Objet. D’une violence feutrée, cet oeil évoque un rythme “invisible”, tout en fixant le spectateur fasciné qui lui fait face.