Spécialiste de l’antiquité grecque, Françoise Frontisi-Ducroux sait à la fois situer les images dans leur contexte précis et de leur donner un éclairage qui dépasse de loin une simple approche iconographique. Ainsi, quand l’auteur s’attaque à l’étude des métamorphoses, où souvent “dans le choc qui l’affronte au divin, l’être humain peut basculer…pour se perdre dans l’animal, le végétal, ou se figer dans la pierre” elle devient le guide parfait d’une mythologie remplie de rencontres entre dieux et êtres mortels. Dans son parcours, on croise les nombreuses amours de Zeus, le voyeurisme d’Actéon, les tisserandes trop habiles (Procné et Arachné) et d’autres personnages dont le destin, mais aussi la forme, se modifie subitement. Se limitant aux récits dont on connaît des représentations picturales, Françoise Frontisi-Ducroux cherche à analyser ces représentations en tant que composants actifs de l’histoire des mentalités, des indices qui nous dévoile autant le fonctionnement d’une société que ses fantasmes. Certes, les rapports de force entre l’homme-cerf et la femme-araignée sont prévisibles. L’homme, il va de soi, est déjà au centre de l’univers grecque. La surprise passe par les ruses infinies employées par les dieux mais aussi par les déesses, dans cette guerre de sexes où le désir, oh combien humain, règne en maître. Comme il se doit, les métamorphoses, ces formes mobiles et fuyantes, ces déguisement amoureux sont en même temps des images-hybrides fluctuantes qui réalisent ce “besoin tenace d’aller voir du côté des autres, femme, animal, oiseau, fleur, astre ou même dieu”. Métamorphose finale, celle incarnée par le livre même : la capacité de traduire le savoir en plaisir.

L’homme-cerf et la femme-araignée, Françoise Frontisi-Ducroux, Gallimard, 302 p, 30 E.