L’intérêt de l’oeuvre d’art totale se situe dans cette visée de dépasser les limites disciplinaires, traditionnellement tenues à distance les unes des autres, soumises à des limites arbitrairement posées. Le rêve d’une seule et unique oeuvre, non seulement additionne les différents champs artistiques mais obtient un résultat final qui les transcende, remonte aux premiers romantiques allemands. Mais, c’est l’opéra de Wagner qui constitue un point de départ dans la théorie, l’utopie et la réalisation du Gesamtkunstwerk, l’oeuvre d’art totale ou plus précisément l’oeuvre d’art en commun. De fait, le compositeur non seulement réunit dans le même cadre poésie, peinture et musique, mais publie également, en 1849, L’Oeuvre d’art d’avenir texte fondateur au sujet de ce qu’il nomme “la ronde alternée. Ainsi, comme il se doit, le livre qui traite le Gesamtkunstwerk dans sa dimension historique mais aussi à travers ses prolongements au XXe siècle, se présente sous une forme du recueil pluridisciplinaire. Si la réflexion sur Wagner reste au cœur l’ouvrage, on y trouve des études qui abordent les arts plastiques (Julian Zugazagoitia avec La Porte de l’Enfer de Rodin et surtout les Nymphéas de Monet, un exemple parfait d’une oeuvre qui tente à faire immerger le spectateur) le cinéma (une analyse de Fantasia de Disney par Marcella Lista ou encore la littérature (Antoine Compagnon avec une étude qui semble un peu forcée sur La Recherche du temps perdu de Proust). Le texte d’Eric Michaud, dans lequel l’auteur poursuit son travail sur les rapports entre l’art et la politique, analyse les dangers de l’oeuvre d’art totale quand son idéologie se met au service d’un régime totalitaire.

L’Oeuvre d’art totale, sous la direction de Jean Galard et Julian Zugazagoitia, 200 p,