L’oeuvre de Roman Opalka, que l’artiste désigne comme son “projet de vie”, est autobiographique. Littéralement, car l’artiste, une fois chacune de ses toiles terminée, se prend en photo. Ces portraits suivent une évolution lente, à peine perceptible, pareille au vieillissement de l’être que l’oeil ne saurait déceler. Mais, en réalité, les “traits” d’Opalka, c’est à sa peinture qu’il faudra s’adresser pour les retrouver. Sa vraie biographie se cache dans son travail plastique, constitué à partir d’une série de tableaux, appartenant au cycle intitulé Description du monde. Ces derniers, qui partagent la même taille, (196x 135), et que l’artiste appelle invariablement Détail, sont des toiles couvertes de nombres. De fait, en 1965 Opalka inscrit à la peinture blanche le chiffre 1 en haut à gauche d’une toile noire, puis 2 et ainsi de suite jusqu’à la saturation de la surface. Chaque nouvelle oeuvre reprend cette “comptabilité” des chiffres vers l’infini, déroulement qui ne sera interrompu que la mort de leur auteur. En 1972 le peintre décide d’éclaircir son support et d’ajouter à chaque nouveau tableau 1% de blanc au gris étalé sur le fond, si bien qu’un jour le blanc de la toile recontrera le blanc du nombre peint. La lucidité de cette pratique est de s’inscrire sans aucune illusion dans un cycle inévitable, celui d’un effacement dynamique, différé de peinture en peinture. La suite des toiles d’Opalka, comme celle de ses photographies, semble comme une façon de refuser la poursuite désespérée, sisyphienne, de capter pour toujours un instant de la vie. Ces “visages”, qui ne croient plus à aucune révélation transcendantale, “font face”.