L’évolution de l’art contemporain est difficilement compréhensible sans prendre en compte les nouvelles relations que les artistes entretiennent, à partir des années 60, tantôt avec leur corps propre, tantôt avec l’espace urbain ou naturel. Ces formes de “sculpture élargie”, capables d’occuper indifféremment l’espace de la salle d’un musée, celui de la place d’une ville ou d’un coin de désert, naissent souvent d’une volonté de sortir l’oeuvre de son splendide isolement et apportent une dimension critique sur le circuit marchand. Dennis Oppenheim (américain, né en 1938) appartient à cette génération d’artistes qui font le trait d’union entre la vision du macrocosme offerte par le Land Art et celle du microcosme, incarné par le Body Art. Cependant, sa démarche reste très différente des projets de taille monumentale d’un Smithson ou d’un Heizer, pyramides ou labyrinthes, à mi-chemin entre l’écologie et une vision quasi mystique de la nature. Oppenheim, lui, cherche à établir un dialogue entre l’artificiel et le naturel, introduire des accents ironiques dans ses transpositions et ses détournements. Ainsi, dans Gallery Transplants (1969), il prend les dimensions d’une galerie, plus la “reproduit” à l’extérieur, délimitant un espace semblable, sur un sol en préférence éphémère (sable, neige…). Ailleurs, il transforme son corps en un support pictural, en restant allongé immobile pendant cinq heures au soleil (Reading position for second degree burn, 1970). Ailleurs encore, ce sont des marionnettes grimaçantes qui deviennent son alter ego, dans une version grotesque du Body Art. Sérieux, l’avant-garde ?
Dennis Oppenheim : du land art au body art
Land Art et Body Art chez Oppenheim
Exposition — Dennis Oppenheim, "Land and Body", Musée des Beaux-Arts d'Arras, Arras, , de 29 septembre jusqu'au 16 décembre.