L’événement est de taille ; un des monuments artistiques américains, la Phillips Collection se déplace en Suisse. Logée à Washington dans l’ancienne demeure du collectionneur éponyme, elle est d’une richesse qui ferait pâlir de nombreux musées européens. Pas très étonnant, car son propriétaire a exprimé, déjà en 1923, à peine deux ans après l’ouverture de la collection au public, le souhait de créer un “Prado américain”. L’ensemble exposé à Martigny propose un choix centré essentiellement sur le 19e siècle et le début du 20e (avec toutefois quelques exceptions comme le remarquable Saint Pierre repentant du Greco la Coupe de prunes de Chardin). Faisant partie de la génération qui voue un culte immodéré à la peinture française, Phillips Duncan acquiert très tôt des oeuvres d’artistes tel que Cézanne (Pot de gingembre avec grenade et poires, 1890, une nature morte aux couleurs particulièrement relevées), un Degas étonnant, Femmes se peignant, 1875, où les trois personnages féminins situés dans la nature présentent une proximité troublante avec les Gauguin à venir ou encore un intérieur de Vuillard (1894), un espace sans profondeur d’où émerge à peine une silhouette bleutée. Ailleurs, on peut croiser d’autres créateurs comme Kandinsky, Klee ou Franz Marc. Mais, pour le publique américain, la gloire de la collection passe indiscutablement par Le déjeuner des canotiers de Renoir (1880), cette icône impressionniste, symbole de la France insouciante et joyeuse. La qualité de l’exposition laisse pourtant un regret : l’absence d’oeuvres plus contemporaines, celles des maîtres d’expressionnisme abstrait comme de Kooning, Mark Tobey et surtout, inégalables, de Mark Rothko.