Il faut croire que la Fondation Maeght est en cheville avec les services secrets russes. On ne voit pas quel autre moyen aurait permis à Jean-Louis Prat, son directeur, de réunir un panorama exceptionnel de l’avant-garde de ce pays, allant de1908 à 1930. Importante par son étendu (quelques 150 tableaux, reliefs et sculptures, accompagnés par des documents historiques) la manifestation frappe surtout par son éclectisme. De fait, aux côtés des acteurs principaux (Malevitch, Tatline, Lissitsky…) apparaissent d’autres créateurs, moins connus au public français. Ainsi, Filanov, longtemps absent des manuels d’histoire de l’art, fait une entrée triomphale avec une toile monumentale, un paysage (?), un “all-over” conçu à partir de traits fragmentés qui forment un réseau dense et touffu. Formule du printemps, 1928-30). Ailleurs, les oeuvres abstraites de Rodtchenko ou d’Ivan Klioune sont des variantes personnelles du suprématisme. Ailleurs encore, le dynamisme que dégagent Le Cirque d’Alexandre Chevtchenko (1913) et le Vélocipédiste (1913) de Gontcharova attestent l’importance de ce que l’on a baptisé cubo-futurisme. Gontcharova qui, avec Popova, Alexandra Exter, Nadiejda Oudalstova, Sofia Dymchits-Tolstaia, Varvara Stepanova fait partie de la montée significative des artistes-femmes, phénomène de “parité” que l’on peut associer à la révolution russe. Constructivisme, rayonisme (Larionov), des oeuvres qui tentent à représenter l’espace infini ou la mythique quatrième dimension (Matiouchine, Mouvement dans l’espace, 1923) des oeuvres de propagande..c’est trop plein, parfois déroutant mais toujours excitant, est à l’image d’activité débordante de cette période mouvementée.

La Russie et les avant-gardes, Fondation Maeght, Saint Paul de Vence, O4 93 32 81 63, 2 juillet-5 novembre.