Exit les matières nobles, place aux débris, aux écorces, aux résidus, aux laissés pour compte. A partir de 1919, l’oeuvre de Schwitters est le reflet d’un pays déchiré par la guerre, où le “bricolage” apparaît comme la seule réponse à l’instabilité politique et sociale. On peut aussi créer avec des ordures et c’est ce que je fis, en les collant et en les clouant ensemble, déclare-t-il. Avant d’être à l’origine de l’”arte povera”, l’œuvre de ce singulier “clochard” est un art pauvre, un art de la pauvreté. Ou alors, ce sont des évocations du monde magique de l’enfance, des visites interdites des chantiers pendant l’absence du gardien. Décharge, puzzle, jeu retrouvé et revu par l’imagination de l’artiste ? Tout simplement MERZ. Ce terme magique, issu du découpage du titre d’un imprimé trouvé au hasard d’une déambulation, Kommerz und Privat Bank. devient le label des différents “secteurs” de la production de Schwitters. Ces différents “ramassages” et collages s’expliquent par la volonté de réunifier les morceaux d’une réalité en lambeaux, de redonner une forme de cohérence à un monde menacé par la décomposition. Dès 1923, Schwitters aborde l’œuvre qui va transgresser les frontières entre les genres, et échapper à toute définition artistique.: Merzbau. Dans sa maison de Hanovre, il édifie une envahissante construction qui s’alimente des débris recueillis au cours de promenades. L’œuvre, qui ne cesse de croître, ne sera jamais achevée, comme si elle échappait à toute prise. Schwitters découpera les plafond de la maison familiale pour permettre au Merzbau de passer d’un étage à l’autre… Ce Frankenstein architectural, demeure et atelier à la fois, menace les frontières entre le lieu où l’on vit et celui où l’on travaille, En s’identifiant au Merzbau, Schwitters se fait littéralement habité par son œuvre. L’attitude dadaïste de Schwitters, l’aura de Merzbau,“ancêtre” des installation, ont profondément marqués la seconde partie du 20 siècle. A l’exposition munichoise, les oeuvres sont comme des recyclages qui donnent aux salles des allures de réserves. Rauschenberg ou les nouveaux réalistes (Spoerri est représenté par son Coin du Restaurant), Fluxus ou Allan Kaprow avec son Kiosque, ne se contentent plus d’introduire des objets dans leur travaux. L’espace illusionniste disparaît, les objets conservent leurs volumes et deviennent des éléments plastiques autonomes. Fascinés et assaillis en même temps par le réel le plus banal, les créateurs entretient avec lui des rapports ambigus, voire conflictuels. Rien d’étonnant par conséquent si les premiers travaux d’Arman, peu après sa découverte de Schwitters, s’intitulent Poubelles. Entre métamorphose et destruction, entre transfiguration et anéantissement… Le néo-dadaisme devient un credo universel quand Robert Filliou déclare : “L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art”. Ainsi, Jessica Stockholder ou Georges Schneider proposent des travaux in situ, en s’appropriant le musée, le transformant en une extension naturelle de leur demeure-atelier. De même, l’artiste canadienne Laura Kikauka, avec ses Objets-trouvés fait songer au catalogue d’une quincaillerie aussi universelle qu’absurde ou à la liste d’un commissaire-priseur touche-à-tout. Face à ce grand bazar, le maître Schwitters ne dira qu’une seule chose : Merz alors !

Au début il y avait Merz-Dès Kurt Schwitters à nos jours, Haus der Kunst, Prinzregentenstrasse 1, 80538 Munich, tel O89 211 27 115, jusqu’au 27 mai.