On connaît l’intérêt croissant pour la vitesse, signe de modernité, au début du XXème siècle. Cette question fascine la majorité des artistes de l’avant-garde qui, tous, témoignent sur des modes divers, d’une forme “d’exaltation lyrique et vitaliste du dynamisme” (Jean Laude). Il semble, en effet, que ce dernier joue le rôle d’un élément déstabilisateur dans l’art contemporain, au point qu’on peut dire qu’il sert à secouer les formes, à les faire sortir de leur “moule”. Certes, l’idée n’est pas nouvelle. Déjà avec le baroque, nous constatons un rapport entre la disparition des contours, le traitement par masses qui s’interpénètrent et le dynamisme. Mais, si la peinture a toujours cherché à “fixer” le mouvement, c’était le plus souvent pour les besoins de la narration, suggérée par les gestes et les attitudes des personnages dans le tableau, ou par le déplacement supposé des corps. Avec les Futuristes, Delaunay ou Duchamp, c’est le concept de la vitesse qu’on met en scène. De nouvelles références théoriques s’affirment : le dynamisme universel, la nécessité de donner la vie à la matière en la montrant dans sa mobilité. La sensation du mouvement est le résultat de la dématérialisation et de la transparence des formes plastiques, de la façon dont la matière est traversée et fragmentée par des rayons de lumière. Selon les organisateurs de l’exposition, la vitesse est un des emblèmes du paysage artistique contemporain. Tantôt comme sujet (du machinisme de Léger à la représentation de la voiture dans le Pop-Art), tantôt comme accélération du geste créateur (Pollock) elle devient inséparable du rythme imposé par un de ces Eurostar qui nous amène à Londres.

Speed (Vitesse), Whitechapel Art Gallery, Whitechapel High Street, Londres E1, tel : 01 71 522 78 78, jusqu’au 22 novembre.