L’industrie sur un piédestal Imposantes, les œuvres de Dewasne pèchent parfois par leur penchant trop décoratif.

C’est entendu. Jean Dewasne mérite sa place dans l’histoire de l’art du XXème siècle. Né en 1921, il fait partie de la seconde (troisième ?) génération des peintres qui pratiquent l’abstraction géométrique. Il a droit au prix Kandinsky pour sa première édition et, coopté par Auguste Herbin, il entre dans le comité directeur du Salon des Réalités Nouvelles. C’est d’ailleurs la riche collection d’Herbin, admiré par Dewasne, qui procure au musée la justification pour l’exposition récente. Mais, en réalité, la véritable raison de cette série des manifestations, qui vont se poursuivre au Musée de Cambrai et au LAAC de Dunkerque, est la généreuse donation faite à l’Etat par l’épouse du peintre, Mythia Dewasne. Dans ce partage, le rôle attribué au Cateau-Cambresis est de mettre en scène l’apport original de l’artiste avec, d’une part, ses « Antisculptures » et, d’autre part, ses expérimentations avec l’architecture. Une évidence se dégage immédiatement : c’est la couleur qui est l’élément unificateur pour toute la production plastique de Dewasne. Qu’il s’agisse du volume ou de l’espace construit, elle est posée en aplat, les différentes teintes vives clairement délimitées, toute trace de matière absente. Cette puissance chromatique s’impose immédiatement et fait dire à Lydia Harambourg  qu’il : « peint le volume comme un tableau qui aurait des bosses et des trous ». Drôle du peintre toutefois, car rares sont les toiles qu’il réalise. Plutôt sculpteur, mais qui fait appel aux objets, le plus souvent mécaniques. Evoquant son trajet, Dewasne raconte que la première fois qu’il s’est attaqué aux trois dimensions, il s’agissait d’une voiture de course (une Ferrari, de surcroît) qu’il scie et qu’il recouvre de couleur. L’attirance de Dewasne par l’industrie ne s’arrête pas à cette anecdote. Il est parmi les artistes qui collaborent avec la Régie Renault en utilisant des morceaux des carrosseries pour ses travaux, des surfaces creusées ou bombées. C’est aussi à cette occasion qu’il réalise une commande murale importante pour le décor de la salle des ordinateurs de cette entreprise. D’autres interventions sur l’architecture publique, souvent de taille monumentale (le stade Olympique de Grenoble, la Grande Arche de la Défense…) témoignent de l’implication de l’artiste dans la vie de la cité, de son engagement politique. Le vocabulaire plastique de Dewasne varie peu : des formes géométriques droites ou courbes, des bandes qui serpentent sur des surfaces variées de manière plus ou moins régulière, n’évitant pas une certaine monotonie. On est par contre impressionné par la série des Antisculptures au titre étrange Cerveaux Mâles. Ces machines tronquées, qui semblent dressées sur des pattes métalliques, ont l’apparence des totems modernes, fascinants et inquiétants à la fois.

Commissaire : Patrice Deparpe 40 œuvres.