Portrait ou visage ?
Portraits ou visages ? Les quelques œuvres réunissent à la Galerie oscillent entre ces deux termes, à priori considérés comme des synonymes. En réalité, bien qu’ils entretiennent des liens de fraternité, ils ont eu chacun leur propre fortune, parallèle et lointaine. Dès la modernité, la figure humaine n’est plus asservie aux oukases de l’imitation fidèle qui caractérisait le portrait et ne fait souvent qu’à sa tête. De fait, si l’Autoportrait de Tal-Coat de 1935, où l’artiste se montre dans son atelier, pinceau et palette à la main, conserve encore une mise en scène traditionnelle, alors celui de 1980, entièrement englouti dans la matière, a perdu définitivement ses traits. Ce visage comme celui de Jean-Pierre Schneider (Pierre de Vissant) incarnent une confrontation entre l’informe et la forme en devenir, entre la ligne et la masse. Ici, le malaxage, témoignage direct du processus de création, aboutit à des figures de défiguration indissociables de la matière, aux formes naissantes qui renvoient à l’idée des origines, de l’archétype, du visage “primitif” dans sa forme matricielle. Ailleurs, avec l’Hommage à Cézanne de Pierre Buraglio, le visage, disloqué, fragmenté, résiste encore, offrant au spectateur quelques détails reconnaissables, comme une ressemblance résiduelle. Ailleurs encore, les visages grimaçants de Boltanski, ceux d’un réalisme troublant réalisés par Sophia Fassi ou le « jeu des rôles » de Nil Yalter, déguisée ironiquement en soubrette pour un dîner officiel au Centre Pompidou, ne sont que quelques exemples d’un face à face toujours renouvelable.