Difficile d’imaginer un meilleur endroit pour cette manifestation que le musée Tinguely. Qui d’autre que cet ingénieur d’inutilité publique, cet inventeur de machines gratuites, créées avec des matériaux récupérés sur des chantiers, aurait pu être un meilleur modèle pour une exposition au titre qui fait rêver : Objets ludiques ? Comme lui, les artistes fabriquent des assemblages de menus objets, montés et reliés les uns aux autres par une mécanique aussi complexe et subtile que fragile et sommaire. Ces sculptures cinétiques conçues comme des métaphores métalliques de la vie et de la mort proposent - grâce à un tissage de poésie et d’absurde - leur propre langage et dégagent étrangement une sensation presque anthropomorphique. Mobiles, le plus souvent géométriques, (important ensemble des travaux de GRAV, datant des années 60, ceux du collectif argentin Madi ou encore la merveilleuse installation multicolore interactive de Yayoi Kusama) les cent œuvres réunies ici nous rappellent la formule de Max Jacob : « l’art est un jeu, tant pis pour celui qui s’en fait un devoir”.