Impossible d’éviter les métaphores quand on a affaire à l’œuvre de Jean-Paul Marcheschi. Il faut l’avouer, elle s’y prête. Ecartant outils et matériaux employés habituellement dans le domaine artistique, l’homme utilise exclusivement le feu et la fumée, la cire et la suie, dessinant comme des empreintes en creux, créant un univers singulier, fascinant, inquiétant même. En toute logique, le nom de Prométhée, ce messager divin qui ose se rebeller, pour voler le Feu sacré de l’Olympe, afin de l’offrir aux humains, revient régulièrement à son sujet. Le recours à Prométhée se justifie d’autant que, selon la légende, le héros mythique est également connu pour avoir créé les hommes à partir de restes de boue transformés en roches. Ce geste d’alchimiste trouve son écho dans les différentes activités artistiques de Marcheschi, basées sur la modification de la substance des matières et qui vont des travaux sur papier à la sculpture. Mais les métaphores, aussi poétiques soient-elles, sont souvent réductrices. Elles négligent d’examiner de près le processus de création, d’étudier en détail la thématique choisie, d’inscrire l’œuvre dans le champ de l’histoire de l’art. Autrement dit, elles enferment l’artiste dans une vision stéréotypée, immuable. Certes, on trouve des points communs dans l’ensemble de la production de Marcheschi, qu’il s’agisse des cierges, des bougies, des mèches, ses « pinceaux » enflammés qui se consument et s’intègrent dans l’œuvre ou de ses feuilles de papier perforées, qui lui servent de support. Certes encore, l’artiste exploite systématiquement les clairs-obscurs, les contrastes entre le noir de la fumée et le blanc de la cire et du papier, pour plonger le spectateur dans une obscurité illuminée.

Toutefois, les travaux réunis sous l’intitulé La constellation du serpent font le grand écart, entre l’au-delà et l’en-deçà, entre l’envolée et l’enfouissement. D’une part, les images des cosmogonies inconnues sont des taches qui flottent au milieu d’un espace indéfini. Dans cette galaxie imaginaire, où toute logique d’ensemble a disparu, les formes sont accompagnées d’inscriptions plus ou moins lisibles. Ce sont autant de messages énigmatiques venant d’un artiste pour qui l’écriture n’est jamais séparée de la peinture.

D’autre part, les surfaces sont occupées par des masses noires laissant échapper des configurations informes. Images d’un séisme ou de volcans en éruption, ces paysages nocturnes constituent des invitations « à la découverte de l’ombre » (Monique Sicard). Dans cet univers désertique, l’homme est absent. Il est ailleurs, mais jamais entier. Tantôt, ce sont des silhouettes transparentes, des traces déposées sur verre. Tantôt, ce sont des « portraits », des visages troués, à moitié effacés, des spectres qui n’ont gardé qu’une ressemblance résiduelle avec leur modèle.

Une œuvre à part ? Jean-Paul Marcheschi n’est pas le seul artiste à avoir manié le feu dans la période contemporaine. Kounelis, Klein – il déclare que les tableaux faits à l’aide d’un chalumeau sont les « cendres » de son art – ou encore les nombreuses Combustions de l’artiste italien Burri avec ses plastiques calcinés, viennent à l’esprit. Cependant, à la différence de ces créateurs, pour lesquels il s’agissait d’expérimentations formelles parmi d’autres, aussi réussies soient-elles, Marcheschi, lui, semble habité par ce que Bachelard considérait comme un élément purificateur. Feu sacré ?