Il faut saluer l’envergure de l’exposition qui occupe la totalité de deux principaux musées de Marseille, qui offre une quantité importante d’oeuvres remarquables. Le visiteur se trouve ainsi en présence de Wall Drawing n° 346/ a-f, de Sol LeWitt, 1981, une salle décorée de dessins muraux géométriques, de Fond VII/2 (1967-1984) de Joseph Buys, des agrégats des piles des feutres et des plaques de cuivre, continue vers Mirror Vortex (1968) de Robert Smithson, une “boite” d’acier, tapissée de miroir triangulaires, reflétant le lieu qui les entoure, ou, au choix, va vers une autre boîte, celle de Michealangelo Pistoletto, Metrocubo d’infinito, 1966, aux six miroirs tournés vers intérieur et qui ne réfléchissent rien d’autre qu’eux mêmes. Accompagnée d’un catalogue claire et bien documenté, cette agréable promenade permet la découverte des travaux qui “couvrent” pratiquement l’ensemble de 20e siècle. Tout va donc bien dans le meilleur du monde ? Pas exactement. Le défaut de cette manifestation est de garder la logique d’une exposition classique, d’oublier qu’il s’agit des installations. Certes, une réflexion sur l’espace ne se limite pas à cette forme d’expression artistique. Il n’en reste pas moins que ce sont les installation qui sortent la sculpture de son splendide isolement, qui décloisonnent les différentes disciplines et refusent la séparation définitive entre le cadre muséal et l’espace de la vie. Ces mises en scène naissent d’une volonté de et de forcer le spectateur à une réaction active, plus qu’à la traditionnelle adhésion admirative.

Ici, disposées de deux côtés de l’allée centrale, le plus souvent adossés au murs de Mac ou séparées par l’architecture contraignante de la Vieille Charité, les installations restent sages comme des images. Certes, avec une oeuvre comme celle de Dan Flavin, Sans titre, (à Donna 5a), 1971, constitué par des tubes fluorescents, des couleurs électriques le bain lumineux (abolit) les frontières entre l’environnant et l’environné…l’oeuvre devient une situation, un lieu d’expériences perceptives liées aux déplacements du spectateur. (Ghislain Mollet-Viéville, Art Minimal et Conceptuel). Ailleurs, Precious Liquids, 1992, de Louise Bourgeois nous plonge dans sa version du théâtre de la cruauté, une chambre parentale étrange et inquiétante ou Bruce Nauman. Toutefois, le respect, à priori louable, de conservateurs à la singularité de chacune des oeuvres empêche une conception scénographique plus imaginative et plus perturbatrice. L’affrontement avec les installations est avant tout un expérience sensuel qui implique l’invention d’un parcours où le corps du spectateur est obligé de se plier aux structures spatiales imposées, parfois dérangeantes. Rien, en effet, n’interdisait de prendre à la lettre l’opération Hors murs du Centre Pompidou et d’occuper la cour de la Vieille Charité par des travaux in situ, commandés aux jeunes artistes. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’oeuvre de Felice Varini, une bande rouge qui unifie les bâtiment dans la même cour (360° rouge, N° 2, 1989), et qui devient une réflexion sur le point de vue et les déplacements de l’observateur. On peut reprendre la citation de Georges Perec, à qui l’exposition doit son titre : “Vivre, écrit-il, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas ce cogner”. Le danger de se cogner reste soigneusement écarté à Marseille.

50 espèces d’espaces, oeuvres du Centre Georges Pompidou,