Un fauve discret

La rétrospective de Jean Puy a le mérite de montrer l’ensemble du parcours de l’artiste mais manque de distance critique.

Le titre, Plénitude d’un fauve, relève pratiquement de l’oxymore. De fait, c’est une association étrange entre (entre quoi et quoi ?) le fauvisme, mouvement qui cherche les contrastes, les dissonances chromatiques, bref un effet d’épanouissement, voire de sérénité, qu’évoque la notion de la plénitude. Aurélie Voltz, la directrice du musée et commissaire de l’exposition, assume ce choix car selon elle il exprime toute l’ambiguïté de la peinture de Jean Puy. Sans doute, mais il montre aussi les limites de son œuvre, bien loin de la production picturale étincelante de Matisse ou de Derain. L’histoire de l’art a consacré une fois pour toutes le fameux épisode de la « Cage aux fauves » au Salon d’automne en 1905 à Paris comme lieu (acte ?) de naissance officiel du fauvisme. Ainsi, chaque artiste dont les travaux furent accrochés dans ou à proximité de la « cage » - et c’est le cas de Puy - a droit à tous les honneurs dans le récit de la modernité. En ce sens, l’exposition organisée à Montbéliard, qui possède plusieurs tableaux de Puy dans sa collection, se justifie car elle répond au besoin de remonter le temps et de montrer l’évolution du regard qu’on peut porter sur un artiste. Ainsi, indiscutablement, les œuvres de Puy ont été assimilées au fauvisme et à son côté révolutionnaire. Il suffit de lire les lignes écrites par Louis Vauxcelles, l’inventeur de ce terme, pour en être convaincu. Toutefois, un siècle plus tard, à froid si l’on peut dire, on constate qu’avec Puy il s’agit d’un fauvisme plutôt timide. Certes, avec une toile qui met en scène un paysage breton, Le Port de Sauzon, 1902, le peintre procède à la synthèse des formes et applique des couleurs saturées, rouges, vertes ou bleues en aplats. Ailleurs, l’espace est rétréci et les figures, esquissées sommairement, comme dans ? Repos au bord de la mer (1905). Cependant, le plus souvent, l’impression qui se dégage de ces tableaux correspond davantage au compliment, peut-être mitigé, d’Apollinaire quand il parle « d’abandon, de nonchalance harmonieuse ». Curieusement, c’est avec les tableaux traités dans un style divisionniste que Puy se montre plus audacieux. Fasciné par la navigation, l’artiste réalise des marines comme Le passeur du Poldu (1900). Avec ce thème aquatique, la division des couleurs, activée par celle de la touche, lui permet de s’affranchir de la couleur locale et d’exalter les rapports entre couleurs pures. Par contre, le parcours chronologique qui se poursuit jusqu’aux dernières années du peintre, n’offre pas de découvertes esthétiques. L’exposition est accompagnée d’un catalogue, effort méritoire vu les moyens économiques de plus en plus limités dont dispose le musée. Cependant, si l’article de Voltz fait une synthèse claire de la carrière de Puy, les « essais » des membres de l’Association de Jean Puy ou du Comité Jean Puy semblent se placer uniquement dans un effort de réhabilitation de l’artiste. A tort, car le meilleur service à rendre à un créateur est de reconnaître ses points forts mais aussi ses faiblesses. Puy a sa place dans l’orchestre de la modernité, celui d’un “deuxième violon”. C’est déjà pas mal. JEAN PUY-PLENITUDE DUN FAUVE, jusqu’au 18 septembre, Musée du château des ducs de Wurtemberg, 25200 Montbéliard, tél 03 81 99 22 61, www.montbeliard.fr, tlj sauf mardi 10-12 et 14-18, cat 15 E, ent 5 E.

Commissaire : Aurélie Voltz

Œuvres : 115