Et si, au lieu de faire passer le code de la route pour l’obtention du permis de conduire, les postiers devenaient des médiateurs culturels, spécialisés dans l’art contemporain ? Une idée incongrue ? Pas à Sérignan. En arrivant au bureau de poste, dont les heures d’ouverture n’ont pas été modifiées, le visiteur découvre que les façades de ce bâtiment, adjacent au Mrac, ont subi un étonnant ravalement artistique. De fait, quand l’étage supérieur est devenu l’extension du musée, Bruno Peinado en a fait un musée à ciel ouvert avec des panneaux le plus souvent monochromes. Cependant, il ne s’agit pas simplement d’une intervention décorative. Les panneaux, produits, selon la notice, « avec les techniques et les matériaux de la signalétique (panneaux luminescents, caissons lumineux rétro-éclairés, panneaux trivision) », brouillent les frontières entre la publicité, les signes d’ordre fonctionnel et les composants esthétiques. Un jeu subtil, car parmi ces « tableaux » on trouve également des références chères à Peinado. L’artiste, qui a été formé dans le « voisinage » (aux Beaux-Arts de Montpellier) y rend hommage à Supports/Surfaces, aux suprématistes, aux minimalistes américains, mais aussi à Matisse (Porte-fenêtre à Collioure). En d’autres termes, le dialogue entre les couleurs claires et contrastées, entre les différentes formes géométriques, entre le beau et l’utile, entre l’art et le réel, passe ici comme une lettre à la poste.