Colorées et jouissives, les installations de Bruno Peinado envahissent l’espace de MRAC
C’est toujours un pari risqué de laisser entre les mains d’un créateur pratiquement l’espace entier d’un musée. En faisant confiance à Bruno Peinado, Sandra Patron, la directrice du Mrac, ne s’est pas trompée car l’artiste a su fabriquer un univers foisonnant et ludique. Le titre, plutôt énigmatique, « Il faut reconstruire l’Hacienda » - à l’instar d’« Il faut détruire Carthage » - renvoie à une double explication. D’une part, c’est le nom d’un manifeste situationniste des années 1950 signé par Ivan Chtcheglov, qui prône une utopie basée sur de nouveaux désirs. Mais, plus important, c’est un hommage à une boîte de nuit mythique de Manchester qui portait la même appellation et où l’on pratiquait systématiquement le mélange entre les arts plastiques, le graphisme et la musique. S’inscrivant dans la même volonté de décloisonnement des genres, Peinado fait appel aux installations, aux objets et aux tableaux pour occuper les différentes salles. Spectaculaires sont les deux installations imbriquées l’une dans l’autre, au rez-de-chaussée. La première est tout simplement la reconstitution du dance floor du même club anglais. Rien n’y manque, une lumière tamisée, des spots clignotants, un système électrique pour les instruments musicaux, des places pour les spectateurs… Cependant, si cette manière de répliquer la réalité remonte déjà aux installations des années 1960 – le Bedroom Ensemble d’Oldenbourg –, l’originalité de Peinado est de déployer autour de cette piste de danse ce qui semble être un jeu de construction géant pour enfants. Construction ou constructivisme, car les cubes colorés distribués de façon plus ou moins régulière, sont en même temps des volumes abstraits qui perturbent la vision figurative de l’ensemble. Cet aspect hétéroclite ou ambigu caractérise l’ensemble des travaux présentés au Mrac. Ainsi, à l’étage, Hand me down your love (2016) est formé à partir des rochers informes aux couleurs pastel sur lesquels sont posés des moulages multiples de mains. Geste de caresse ou acte de création ? Mais n’est-ce pas la même chose ? Ailleurs, Sans titre, Shack up with (2014-2016) est un bric-à-brac où les objets évoquent tantôt des jouets dispersés – l’artiste a réalisé cette installation avec sa compagne et leurs deux filles – tantôt un magasin de souvenirs, tantôt un cabinet de curiosités qui ne craint pas le kitsch : un oreiller argenté gonflé, des fleurs artificiels, un toutou (un lion ?) un peu gauche… En parallèle aux installations, une prolifération (plus que 200) de peintures et de dessins forme un parcours où Peinado semble se livrer à une série infinie d’expériences avec des techniques et des supports qui sont des « tableaux en pâte à modeler, des marbrures en verre coulé, des sérigraphies sur miroir, des châssis en acier peint ou des vidéos-peintures ». Moins abouties que les installations, ces œuvres deviennent des fragments au service d’un puzzle interminable, un jeu de miroirs qui ne font qu’échanger leurs reflets. Itzhak Goldberg
Il faut reconstruire l’Hacienda, Bruno Peinado, jusqu’au 9 octobre, MRAC, 146 av de la Plage, 34410 Sérignan, tél 04 67 32 33 05, mrac.languedocroussillon.fr, tlj sauf lundi 11-19, ent 5 E Commissaire : Sandra Patron Œuvres : 300