L’intelligence de l’exposition présentée aux Abattoirs est d’éviter le piège qui consisterait à réduire aux seuls documents un sujet hautement politique et sociologique. Non pas que les informations sur le contexte soient absentes. Les deux premières salles donnent au spectateur des renseignements utiles sur l’histoire de la Colombie et les différentes violences subies par ce pays depuis plus d’un demi siècle. De même, à la fin du parcours, on trouve des vidéos amateurs qui racontent les espoirs suscités par la signature de l’accord de paix avec les FARC. Toutefois, l’ensemble du parcours est centré autour des sévices qu’a connus ce pays au cours du 20e siècle et qui ont laissé des traces profondes. Violences, dont la ville de Medellin – le « siège » du plus célèbre trafiquant de cocaïne, Pablo Escobar, mais aussi le lieu de naissance de l’artiste colombien le plus connu, Fernando Botero - reste l’emblème. D’ailleurs, les œuvres à Toulouse sont issues des collections du musée d’Antioquia qui se trouve dans la dite ville. D’amblée, on est frappé que malgré la variété des travaux des travaux : dessins, peintures, photographies, vidéos, assemblages, installations…tous partagent la même obsession, voire le même trauma. De fait, la quasi totalité des créateurs s’interroge sur la manière la plus pertinente de traiter la mémoire du conflit qui a déchiré la Colombie. Les propositions varient du plus matériel au plus conceptuel, du plus explicite au plus suggéré. Ainsi, Natalia Casteneda forme un petit « ruisseau » à partir de morceaux de céramique et de pierres colorées, parmi lesquels elle intègre des fragments d’os humains, un rappel brutal des personnes disparues dont les corps gisent au fond des fleuves (Pierres errantes). Ailleurs, Libia Posada met en scène des sujets qui se déplacent sur un échiquier géant et deviennent synonymes de l’errance imposée par des événements d’ordre économique ou politique. L’artiste dessine sur les jambes de femmes dont on ne voit pas le visage, le trajet qu’elles ont dû parcourir pour fuir la violence (Points cardinaux, 2010). Ailleurs encore, c’est une vision critique des véritables causes de la dépendance colombienne du narcotrafic avec l’inscription de Miguel Angel Rojas, New-York et Medellin, réalisée avec des feuilles de coca et des billets de dollars. Cependant, malgré la souffrance qui se dégage de toutes ces œuvres, on sent le besoin de retrouver une forme non pas d’oubli mais de réconciliation. Cette tentative a comme condition de retrouver la figure humaine qui se cache sous différents camouflages menaçants. Les personnages choisis par Federico Rios sont photographiés une fois en tenue militaire et une autre fois en tant que civils tandis que les clichés de Fernando Arias les montrent tout simplement déshabillés. Cette mise à nu indispensable sera-t-elle suffisante pour garder en vie un processus fragile de reconnaissance réciproque ? Rien n’est plus incertain, mais si l’art n’a pas les moyens de se substituer à la politique, il peut au moins faire naître un espoir.

Itzhak Goldberg

Medellín, une histoire colombienne, de Fernando Botero à Ivan Argote, jusqu’au 14 janvier Les Abattoirs, Toulouse.