Pour un passant parisien l’œuvre de Bury se résume à la fontaine placée au Palais Royal, aux côtés des colonnes de Buren. Les boules métalliques, dans lesquelles se reflètent les spectateurs, décrivent de lentes rotations, parfois imperceptibles. Manifestement, cette fontaine n’est pas la seule car la lecture du catalogue précise que d’autres sont placées à Bruxelles, à Anvers et que « à chaque région de notre pays nous rencontrons une ou plusieurs fontaines de Pol Bury ». Il faut croire que la visibilité du sculpteur belge dans l’espace public de son pays ou ailleurs dans le monde se paye par une méconnaissance relative, au moins en France, du reste de sa production plastique. La très complète rétrospective de Bozar permet de découvrir non seulement ses débuts mais également les différents domaines qu’il a pratiqués : peinture, graphisme, typographie ou création de bijoux. Certes, le nom de Bury restera dans l’histoire de l’art comme celui d’un des pionniers de ce que l’on nomme l’art cinétique. Mais, c’est avec la peinture qu’il démarre sa carrière, sous l’influence inévitable du surréalisme dominé par Magritte. Puis, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il poursuit avec des œuvres abstraites, des entrelacements organiques et géométriques, à mi-chemin de Cobra et de la Seconde Ecole de Paris. Toutefois, en 1950, la visite d’une exposition de Calder l’incite à abandonner les limites de la peinture, à quitter la surface plane et à pratiquer le mouvement réel. Le parcours s’attarde sur cette période où l’on voit l’évolution de Bury qui expérimente avec des plans mobiles, des surfaces géométriques monochromes formant des reliefs que les spectateurs sont invités à faire bouger (Plans Mobiles, 1953). Peu de temps après, c’est l’impulsion électrique qui va actionner les œuvres. Mais, le mouvement que cherche l’artiste est un mouvement lent, presque une sensation de glissement. C’est sans doute ce grouillement, parfois inquiétant, qui distingue Bury des créateurs qui sont réunis à l’exposition inaugurale de l’art cinétique à la galerie Denise René (1955). Ce sont les Ponctuations, des alliances entre un panneau fixe et un autre mobile (Ponctuation lumineuse, 1961) ou des œuvres, fabriquées avec des cordes en nylon et des cylindres mobiles en bois ou en métal, qui expriment le mieux à la fois les légers tremblements de la matière et les sonorités qui les accompagnent. Parmi ces travaux, la vedette, une sculpture monumentale, 4087 Cylindres érectiles, 1972, est en provenance du Centre Pompidou. Sur un mur en bois de chêne noir, des grappes de barrettes en hêtre évoquent des essaims d’insectes qui fourmillent. Mouvement à peine visible qui se situe davantage du côté organique que mécanique. Ailleurs, on voit les collaborations entre Bury et d’autres artistes –Yves Klein, Alechinsky ou les membres du groupe allemand Zéro – ou encore son engagement dans la fabrication d’œuvres multiples – sérigraphies, gravures. Fallait-il terminer le parcours avec une fontaine un peu kitsch, décrite comme « le clou de l’exposition » ? Mais, l’on ne se méfie jamais assez avec l’humour belge. Itzhak Goldberg
Qui va piano, va sano
Art cinétique et Pol Bury
Exposition — Pol Bury, Time in motion, jusqu’au 4 juin, Bozar, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles