Disons le d’emblée, les œuvres réunies ici, habituellement disséminées un peu partout dans les musées allemands mais aussi ailleurs, sont exceptionnelles. Elles donnent l’occasion de voir une représentation souvent critique de la république de Weimar, réalisée par des artistes rarement indifférents à la réalité complexe d’une période qui a durement marqué ce pays. Peu connue en France, sans pour autant être véritablement populaire en Allemagne, c’est une production picturale qui appartient essentiellement à la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit). Cette forme de néo-classicisme est apparue sur la scène allemande au début des années vingt, a été consacrée par l’exposition très médiatisée et qualifiée de post-expressionniste qui s’est tenue à la Kunsthalle de Mannheim en 1925. La Nouvelle Objectivité se caractérise par une volonté de représenter le réel sans fard. Jugement ou constat, elle tend un miroir froid à la société malsaine et corrompue de l’après-guerre. Le parcours décline les différents thèmes abordés systématiquement? par les peintres : revendications sociales, chômage, sport, portraits ou encore loisirs urbains – cafés, dancings, établissements de variétés mais surtout lieux de débauche, bordels. Ingrid Pfeiffer, commissaire de l’exposition, affirme que ses choix s’inscrivent dans une vision politique de cette période qui, selon elle, est réduite trop souvent à une image-cliché, emblématisée par des films comme Cabaret de Bob Fosse. Sans doute, mais dans ce cas, le titre Splendeurs et Misères dans la république de Weimar est trompeur. Le reproche principal qu’on peut faire à cette manifestation est d’omettre toute évocation de l’enthousiasme qui caractérise les créateurs de cette époque, désireux de participer à ce qui leur semble être un véritable changement de vie. Sans parler de l’utopie qui sous-tend le projet du Bauhaus. Il aurait fallu au moins mentionner la production plastique des groupes d’artistes affiliés aux idéologies communiste, spartakiste, anarchiste ou social-démocrate. Ces derniers croient alors qu’ils peuvent non seulement modifier l’art mais également participer à une révolution susceptible de transformer en profondeur leur pays. Si les résultats esthétiques restent éphémères – essentiellement une quantité importante d’affiches – ils donnent lieu à s’inscrivent dans ? une période euphorique de quelques mois avant que la désillusion ne s’installe. C’est cette désillusion qui se répand partout qui domine dans les toiles exposées. Un certain espoir résiste néanmoins, car on constate que malgré les difficultés, la lutte sociale ne tarit pas. C’est avant tout A une exception près, celle de la lutte des femmes, qui trouve, à juste titre, une place importante dans l’exposition. Non seulement ces dernières s’intègrent dans le monde du travail et occupent de nouvelles professions mais encore elles réclament le droit de disposer de leur corps – avortement, contraception, légalisation de la prostitution. Si les images qui traitent directement ces thèmes sont relativement rares – hormis quelques exemples d’une grossesse non désirée (Le Paragraphe, Hanna Nagel, 1931), on constate néanmoins une présence accrue des femmes dans l’espace publique dans le paysage artistique ????(Café Nollendorf, Jeanne Nammen, 1931, Gerta Overbeck, Au café, 1923). Le fait que pratiquement le tiers des artistes présentés à Francfort soient des femmes est une preuve éclatante de cette transformation. Par contre, on peut difficilement admettre, comme semble le suggérer Pfeiffer, que la représentation empathique donnée de la prostituée, à la différence de la vision critique de cette dernière par les expressionnistes, soit une véritable amélioration de l’image de la femme. Ailleurs, c’est la ville qui devient un thème principal dans la vie de la république de Weimar. D’une part, encore dans la tradition expressionniste, la ville se caractérise par ses excès ; le spectateur est pris dans un tourbillon de scènes extravagantes - George Grosz, Otto Dix ou même Rudolf Schlichter (Attaque au bordel, 1919). D’autre part, les peintres de la Nouvelle Objectivité, fascinés par la civilisation industrielle et le machinisme, réalisent des paysages urbains déshumanisés, vision fonctionnelle, indépendante de toute valeur sentimentale et qui ne laisse apparaître aucun aspect émotionnel. Quelques années après le Précisionnisme américain, les artistes allemands exécutent, avec selon de puissants volumes recouverts de couleurs pures et lisses, méticuleusement peintes, des cheminées, des raffineries de pétrole ou des stations de train, dont une, splendide et glaçante, réalisée par Karl Völker (Station de train, 1924-1926). Plus ambigu est encore le chapitre sur lequel s’achève l’exposition : le Réalisme magique, une variante onirique de la Nouvelle Objectivité. Chez Franz Radzivill, d’étranges corps célestes planent au-dessus d’un monde immobile; les avions en forme d’insectes, les cercueils, sont chez lui des motifs récurrents, visant à rendre, sous des allures féériques, une réalité que frôle la catastrophe (La Grève, 1931, Karl Buchstätter plonge vers sa mort, 1928). Cette catastrophe à venir qui s’avance à peine masquée s’appelle le Troisième Reich.
Radziwill : ce sont des avions en forme d’insectes ou de cercueils OU des avions en forme d’insectes et des cercueils ?????
Je mettrais en tous cas sans articles « avions en forme d’insectes, cercueils, sont chez lui… »