l’artiste a livré trois nouvelles toiles, réalisées en août pour les deux premières, en octobre pour la troisième. La sélection a été soumise à Pierre Soulages, qui “nous a laissés faire”, raconte Alfred Pacquement. “Mais on lui a réservé un mur en lui disant : nous espérons pouvoir y montrer des peintures nouvelles.” L’artiste a relevé le défi et a donc créé trois œuvres : “Il les a vraiment pensées en fonction de l’espace du Louvre. Il a tout de suite pensé qu’il fallait qu’il fasse des peintures verticales. Il s’est lancé à 99 ans et demi, et même 99 ans et dix mois pour la peinture qui est à droite, dans des peintures de 3,90 m (de haut), une des plus grands formats qu’il ait jamais utilisés.” Des tableaux qui, par leur format et leur forme, évoquent les vitraux créés par l’artiste entre 1987 et 1994 pour l’abbatiale de Conques (Aveyron).
Depuis 1979, l’artiste n’utilise plus qu’un pot de peinture, noire. Il travaille avec une lame pour la lisser sur la toile, créant des effets de mat ou de brillant. Puis il emploie une brosse pour créer des stries. Ou bien un bâton pour creuser la matière, comme dans le magistral diptyque Peinture 222 x 314 cm, 24 février 2008 où il a tracé deux sillons, l’un horizontal à droite, l’un oblique à gauche. Les trois œuvres de 2019 ont été réalisées sur ce principe : l’espace vertical de la toile, couverte d’acrylique noire (l’artiste a abandonné l’huile en 2004), est divisé en zones brillantes et mates et barré de lignes creusées plus ou moins profond, plus ou moins espacées. Les trois derniers tableaux de Soulages entrent dans le cadre de ses recherches sur l‘“outrenoir”, qu’il a inventé en 1979, et sur lequel l’exposition du Louvre met particulièrement l’accent. “Parce que chronologiquement l’outrenoir représente beaucoup plus de temps que la première période”, explique Alfred Pacquement.
Dès le début de sa carrière, à la fin des années 1940, Soulages a voulu faire surgir la lumière de la peinture. Il l’a fait en cherchant le contraste entre le noir (ou le brun du brou de noix) et le blanc, comme le montrent les premières œuvres de l’exposition. Ou bien encore avec d’autres couleurs, rouge, bleu, jaune, qui ne sont pas représentées au Louvre. Sa recherche devient plus radicale quand il n’utilise plus que le noir. Ce sont alors les variations dans la manière d’appliquer la peinture qui vont modifier “la façon dont la lumière surgit de la peinture”. Toutes les valeurs du noir L’endroit où le spectateur se situe et les conditions de lumière, selon les jours, vont également modifier ce que l’on voit. Même si elle sort d’un seul pot, la peinture de Soulages n’est pas monochrome, souligne Alfred Pacquement. “Cette peinture d’outrenoir n’est pas noire mais elle a toutes les valeurs possibles imaginables autour du noir, c’est-à-dire des gris, des argentés”, en fonction de ces conditions, détaille-t-il. Le lieu de l’exposition, c’est le Salon carré du Louvre : ses grandes fenêtres regardent au sud, vers la Seine, mais la lumière naturelle est complétée par un éclairage artificiel. Le jour de la présentation à la presse, il faisait gris. Pendant l’installation, il y avait un grand soleil, “on voyait très différemment les peintures”, raconte le commissaire. L’artiste a fait le déplacement de Sète pour l’accrochage, “pour modifier des choses (assez peu) et travailler la lumière.” Il a tenu à placer ses trois dernières œuvres plus haut sur le mur, pour les “renforcer dans leur verticalité”. Des oeuvres qui s’inscrivent dans ses quarante dernières années de création, qu’Alfred Pacquement résume ainsi : “Une peinture à la fois très simple, très radicale, qui a une présence très évidente et très forte.” Soulages au Louvre Salon Carré du 11 décembre 2019 au 9 mars 2020 A LIRE AUSSI