Très populaire dans les années 80, la sculpture d’Ipoustéguy, malgré sa présence dans de nombreux espaces publics, se fait discrète. Sa Meuse natale, où l’artiste est revenu vivre à la fin de sa vie, met en scène une manifestation, sous la responsabilité des historiennes de l’art Marie Lecasseur et Françoise Monnin, et de la fille de l’artiste Marie-Pierre Robert, permettant non seulement de redécouvrir ses travaux en trois dimensions mais également sa peinture et ses dessins. On peut commencer la visite avec la première statue monumentale réalisée par l’artiste et qui convient parfaitement à l’esprit du lieu, la chapelle St-Louis : Christ (1950-1992). Conçue en plâtre, fondue en bronze 40 ans plus tard, le corps réduit en quelques volumes stylisés, elle dégage quelque chose d’archaïque. A ses côtés, Cénotaphe (1957), une oeuvre abstraite, est un « bloc » dense et puissant, traversé par des diagonales évoquant un post-cubisme tardif. Clairement, Ipoustéguy se cherche avant de trouver un style propre à lui et une thématique dominante, qui sera celle de la figure humaine. Rien d’étonnant avec ce sujet, depuis toujours au cœur de la pratique sculpturale. Cependant, dans la seconde partie du XXe siècle ce sont plutôt les volumes abstraits ou les objets qui préoccupent les créateurs. Précisons quand même que le corps n’est pas totalement absent mais il a perdu de sa superbe ; soumis, fracturé, il subit. Dans le cas d’Ipoustéguy, la situation est différente. Selon les organisateurs « il choisit de se consacrer à la représentation de l’homme, dans toute la splendeur de son anatomie». De fait, les nus, essentiellement des femmes en bronze parfois doré, sont comme des athlètes - admirés par l’artiste - prenant des postures acrobatiques. Certes, souvent une bizarrerie se glisse dans ces corps - un fragment de main qui manque, deux nus emboités l’un dans l’autre sans qu’on puisse les distinguer -. Toutefois, ces mécanismes organiques parfaitement huilés peuvent séduire mais rarement émouvoir. En revanche, les peintures et les dessins de l’artiste, dont une partie est accrochée au Musée Barrois, présentent une vraie surprise. Concentrés sur une période courte - 1965-1967 - les grands formats ont peu en commun avec l’oeuvre sculpté. Si Ipoustéguy ne lâche jamais son contrôle sur les volumes, les toiles sont traitées avec une spontanéité étonnante. Des morceaux de chair évanescents, des visages et des crânes sont suspendus sur des fonds comme recouverts par la brume. Ici, la mort qui fait son apparition (Manolete, 1967, La Mort du pape III 1967), ne peut pas laisser le spectateur indifférent. Visiblement, ce mode d’expression que l’artiste n’a jamais cessé de pratiquer, n’était pas là uniquement pour servir la ronde bosse. Ce n’est pas un simple hasard si une très belle petite sculpture, à l’entrée du musée, s’appelle simplement Dessinant (1988).
Itzhak Goldberg