Sommeil agité « Dormeurs » est le titre de la série récente de Xie-Lei. Drôle de dormeurs toutefois car rien de paisible dans les expressions de ces personnages dont on n’aperçoit que la tête de profil, prolongée par un buste qui semble sectionné du reste du corps. Posés sur un support difficilement identifiable, ces fragments anatomiques évoquent immédiatement les têtes de suppliciés de Géricault ou, en remontant plus dans le temps, les morceaux de viande de Goya. Faut-il y voir les traces du séjour de Xie-Lei à la Casa Velázquez à Madrid ? Cependant, à la différence des images issues d’un morgue, celles que l’on voit ici sont nettement plus ambiguës. Ces visages sont secoués par un spasme ou un rictus, entre douleur et plaisir, bref par la jouissance sexuelle. C’est avec justesse que le texte qui les accompagne, rappelle l’existence de l’expression de « petite mort » à leur sujet. Peut-on parler de vanités sexualisées ? Quoi qu’il en soit, malgré les origines de Xie-Lei, difficile de détecter dans cette peinture, proche d’un expressionnisme sombre, une quelconque trace de la tradition artistique de son pays. Encore que, les deux « paysages », des toiles de grand format de couleur vert fraiche, en quelque sorte des prairies qui font éclore des formes blanches (des fleurs inconnues ? des mains ?), peuvent évoquer des visions stylisées de la nature dans l’art chinois. (Germ, 2021). Mais, peut-être, cette douceur ne sert qu’à accentuer la violence diffuse et contenue que dégagent les autres toiles. Sans être franchement morbide, l’œuvre de Xie-Lei renonce à toute séduction et provoque un certain malaise chez le spectateur. C’est aussi sa force. Inside, 2021
Itzhak Goldberg