Pour une rétrospective, c’est une rétrospective. Et il en fallait une, tant Hervé Télémaque ne sait pas rester en place. Abstraction, Surréalisme, Figuration Narrative, re-abstraction …  peinture, collages, sculpture, mini-installation… Le grand mérite de l’exposition est de montrer l’ensemble de cette production plastique avec simplicité et clarté. Le parcours est chronologique, les travaux, espacés sur fond blanc, respirent. Selon le commissaire de l’exposition, Christian Briand, l’essentiel des prêts vient des collections publiques. L’artiste, en effet, souhaitait montrer sa reconnaissance aux différentes institutions (Frac, Fnac, Musée d’art moderne) qui, à partir de 1972, ont fait l’acquisition de ses œuvres. Situation paradoxale, car malgré cette présence et la place qu’il occupe dans l’histoire de l’art, Télémaque fut peu exposé. Le spectateur peut constater qu’après les débuts abstraits de l’artiste aux Etats-Unis (les toiles sont regroupées dans la première salle), celui-ci arrive en 1961 à Paris où il rencontre le Surréalisme (en la personne de Breton) et fait un retour sur la figuration. Sur, car les objets qu’il manipule ou les personnages qu’il introduit, fragmentés, flottant sur les surfaces, sont davantage des signes que des images imitant la réalité. Le formidable My Darling Clementine (1963) est un cow-boy recyclé par la bande dessinée, entouré de photos mais aussi de formes innommables. Ce collage pictural est caractéristique de l’œuvre entière de Télémaque, faite de couleurs pimpantes, posées en aplats, cernées par des contours nets. Plaisir visuel ? Sans doute, mais qui ne fait pas oublier ses origines haïtiennes. Ainsi, les « sculptures maigres » (1968) font penser aux étranges totems vaudous. Toutefois, ces références à la négritude ne sont jamais lourdes. Comme sa peinture.

Itzhak Goldberg

Commissaire : Christian Briend Œuvres : 150